Par Lalatiana PitchBoule
Le pouvoir HAT vient de s’offrir un publi-reportage dans un récent numéro de Jeune Afrique (N° 2659-2660 du 25/12/11). Un papier de quatre pages suintantes d’une autosatisfaction qu’on jugera impudique quand on la confrontera au constat de délitement moral, politique et social dans lequel plonge le pays. Il faut tout de même rappeler que selon un rapport de la Banque Mondiale d’octobre 2011 « l’indice CPIA sur la gouvernance, la transparence et l’absence de corruption dans le secteur public est passé de 3.5 en 2008 à 2.5 en 2010, soit une baisse de 40% » . La publication de ces 4 pages répond évidemment à un objectif : rassurer la communauté internationale et les investisseurs quant à un retour du pays à une certaine « normalité ». Mais on peut se demander qui en sera rassuré. D’autant que la forme de ce publi-reportage satisfait bien l’ego hypertrophié de celui qui rêvait d’un « appelez moi président ».
En fait, quand l’Organisation Internationale de la Francophonie se permet de rendre « hommage au courage et à la détermination du président Rajoelina » (sic) ou quand le président français s’autorise à déclarer « En dépit de toutes les difficultés auxquelles vous avez du faire face, vous avez eu raison de ne pas vous décourager » (sick again), pourquoi se priver du plaisir d’exhiber en pages centrales d’un magazine de référence les photos de ces poignées de main officielles entre le PHAT et Sarkozy ou le SG de l’OIF ? Au passage, si cette séquence d’onanisme fait fi des réalités de la situation du pays, ce n’est pas très grave. Et quant à délirer, pourquoi ne pas affirmer à la face du monde la compétente clairvoyance et la capacité de projection de l’éclairé dirigeant et néanmoins président de la HAT en annonçant que ce dernier a lancé des projets « ambitieux » tels que …. l’ouverture d’un palais du Rugby !!!. NORMAL ! Notre dirigeant ne peut pas donner du travail aux gens mais il va leur apprendre à jouer au ballon ovale. « Esprit de Kim Il Sung, sooooooors de ce cooooorps !!! »…
Ces « bêtises », pas si anodines que cela, nous hérissent, c’est un fait…. Et je laisserai leur énumération à Tonton Georges dans ses coups de griffe hebdomadaires de Tribune. Il fait cela mieux que moi. Mais, notre irritation exprimée, n’est il pas désormais temps de prendre de la distance. Ne peut on tenter d’élaborer une grille d’analyse objective de l’enlisement que connaît le pays? N’est il pas lieu de dépasser, même brièvement, nos registres émotionnels et partisans pour essayer de qualifier l’irrationalité apparente de la situation ? Notre incapacité à donner un sens à ce qui nous parait incohérent n’est elle pas mortifère dans les formes de colère, mais aussi de résignation ou de désespérance auxquelles elle nous mène ? « On ne peut plus ni tenter d’intervenir, ni chercher d’explication à ce qui n’est qu’irrationnel. On ne peut vivre que dans l’écoeurement » ai-je entendu dire de certains à propos de cette crise et de sa transition.
… Vous avez dit Transition ?
Si elle est particulièrement épuisante, et destructrice, cette transition n’est pas la première que vit le pays … 1960, 1972, 1975, 1991, 2002 … holala … Si on ne bat pas un record là, on ne doit pas en être bien loin … Le pays vit des crises à répétition, c’est une LaPalissade. Mais, justement, n’est il pas intéressant de s’attacher non pas aux crises elles mêmes, mais à ces périodes de transition manquées, à leurs dynamiques propres et aux processus inaboutis qui auraient théoriquement du résoudre le problème de la démocratisation du pays ?
La logique des démocraties installées …
A contrario, dans les situations « normales » et « stables » des sociétés dites démocratiquement évoluées, les structures politiques, institutionnelles et sociales sont autonomes. Les logiques de relations sont formellement établies, les acteurs et les institutions fermement caractérisés. La gauche est à gauche, la droite est à droite, le centre est là où normalement il doit être. Les contre pouvoirs civils sont identifiés. La presse presse … . La société civile civilise… les syndicats syndiquent … et l’économie tourne … le gouvernement gouverne et l’opposition s’oppose en attendant les prochaines échéances électorales pour espérer régler son compte légitimement au pouvoir en place …. bref … le tout est parfaitement fixé de manière symbolique et représenté de manière formelle dans des institutions qui institutionnalisent. L’ensemble définit un cadre de référence qui permet à la démocratie de s’auto-réguler de manière routinière et … démocratique dans un jeu de rôle dont les règles sont communément acceptées par tous. Les rapports sociaux et la stabilité sociale y sont fixés par des reconnaissances réciproques.
L’erreur serait encore une fois de poser en référence et en modèle la démocratie des pays développés alors que nous sommes loin d’atteindre, aujourd’hui, leur niveau de développement économique et social. Dans ce cadre idéal type, les conditions culturelles et économiques, pré-conditions indispensables à l’avènement de la démocratie selon certains structuralistes, paraissent préserver le fonctionnement d’une démocratie autorégulée. Mais est on sûr qu’elles soient nécessaires à son avènement ? …. Ne répondez pas par l’affirmative … Ou alors jetons nous collectivement immédiatement par la fenêtre. Autant attendre d’être guéri pour commencer à se soigner … Vous avez dit « Absurde ? »
… S’oppose à celle des périodes de transition.
Les périodes de transitions, périodes de passage d’un régime à un autre auxquelles il est plus naturel de nous identifier (et pour cause !), doivent évidemment à l’inverse être appréhendées comme des situations d’instabilité, de « fluidité politique ». Caractérisées par le bouleversement des rapports habituellement en vigueur entre groupes sociaux définis en « ressources politiques », ces situations sont ainsi évidemment marquées d’incertitude, alors que les gens rêvent précisément atteindre rapidement de nouveaux équilibres et obtenir de nouveaux repères.
En second lieu, parce que les jeux de pouvoir et les rapports entre ces ressources politiques sont à reconstruire et ré-inventer après l‘effondrement des relations habituelles, le propre de ces situations instables, qui voient la remise en question de l’ordre sociopolitique et de ses références antérieures, sera l’élasticité des alliances. L’association Ra8+ Deba+Zafy en est une illustration.
Dans le droit fil de cette idée, la transformation des rapports induit par ailleurs une simplification des identités. Le monde se réduit désormais à un espace partagé de manière manichéenne entre « eux » et « nous », entre « légalistes » et pro « tgv », entre « foza » et « zanak’idada » qui, chacun, opposent leur lecture de la réalité en tentant de s’attribuer une seule identité valable : celle de « démocrate intelligent, honnête et responsable».
Bien évidemment, dans ce schéma, les comportements tactiques ne peuvent être décryptés qu’en alliances contre nature. C’est fou le nombre de traîtres et de renégats que le monde peut dès lors recenser ….
Cette instabilité est d’autant plus critique que, face à la complexité et l’indétermination des évènements et face aux influences et pressions de l’intérieur et de l’extérieur et, bien évidemment, face aux contraintes structurelles, là où souvent nécessité fait loi, les acteurs n’ont pas de réelle capacité de contrôle.
Et si l’enjeu et l’urgence pour le pouvoir mis en place s’avèrent être la légitimation de sa compétence, de sa sincérité et de son autorité, la première de ses priorités devrait être la définition d’un agenda et la fixation d’échéances crédibles.
Cet objectif est d’autant plus essentiel que l’effondrement des éléments habituels d’évaluation et d’estimation rend particulièrement délicate l’élaboration de ces agendas d’actions. Et le pilotage de ces réformes énoncées de manière plus ou moins populiste s’avèrera de la même manière particulièrement périlleux. C’est pourtant sur la réalité et le respect de ces agendas et la bonne conduite des réformes annoncées que le pouvoir en place engagera la légitimation de sa compétence, de sa sincérité, de son autorité.
Dans ce contexte d’incertitudes la qualité, la compétence et, allez rêvons, la valeur morale des acteurs politiques et des élites qui ont pris le pouvoir s’avèrent bien évidemment essentiels. Je vous laisse le soin d’évaluer l’écart des actions mises en œuvre par la HAT au regard de ce modèle théorique. La théorie a parfois du bon : elle permet de juger à quel point les gouvernants ont pu se fourvoyer quand ils n’ont rien à lui opposer en termes de réalisations et d’avancées qu’on puisse constater. La théorie a encore du bon : elle permet de peser les occasions ratées respectivement par le TGV et par ses prédécesseurs. …
A suivre […]
PS : le 11/01/2012. On m’ a demandé de publier ce Post-Scriptum
Monsieur,
Suite à certains propos contenus dans l’éditorial d’hier intitulé « 50 ans de Transition…. (1ère partie) », je vous serais reconnaissant de bien vouloir publier ce jour en post-scriptum sous la deuxième partie le texte ci-après.
Cordialement
Erick Rabemananoro
Communications Officer
Madagascar Country Office
Africa Region
The World Bank
PRECISIONS SUR LE CPIA :
Le CPIA (Country Policy and Institutional Assessment) est un indicateur composite, qui reflète lui-même un ensemble de 16 sous-indicateurs abordant divers domaines : management économique, politiques structurelles, politiques pour une inclusion/équité sociale, management du secteur public et des institutions.
La note de 2,5 concernant « la gouvernance, la transparence et l’absence de corruption dans le secteur public » et à laquelle faisait référence l’article d’hier (50 ans de transition – 1ère partie) est un de ces 16 sous-indicateurs qui rentrent dans le calcul du CPIA.
Le CPIA pour Madagascar est actuellement de 3,4 (chiffre de 2010). Le seuil pour être qualifié d’état fragile est fixé à 3,2.
Bureau de la Banque Mondiale
Antananarivo


solofoniaina
10 janvier 2012
J’ai vraiment vraiment peur Pitchboule que ce TGV gagne du terrain, d’autant plus que la SADC piétine ou donne l’impression d’un manque réel de volonté. Françafrique excelle très bien chez nous et c’est peut-être pour cela que le Président Français congratule Monsieur A N R car son cobbaye donne un résultat très concluant sur le champ d’expérimentaiion de la recolonisation ou plutôt de la récupération des anciennes colonies françaises.
Pourquoi les Etats-Unis se cantonnent à des simples déclarations ?
Tout le monde, à part les Sbires et les Grenouilles du bénitier de la Transition, vit dans la précarité.
On dit que chaque pays n’a que les dirigeants qu’il mérite. De part notre nature MORAMORA nous sommes victimes d’une certaine incapacité à réagir.
Tous les chemins mènent à Rome dit-on. Mais à mon avis, tous les chemins sont obtrués en ce qui concerne de trouver une issue positive aux malgaches.
Il y a parmi les cols blancs ceux qui ont intérêt à ce que cette situation floue perdure. tous les trafics en tous genre excelle : bois de roses, lémuriens, or (combien de tonne d’or sortent de chez nous ???), pétrole, eau potable et la liste n’est pas exhaustive car on n’a pas fini de répertorier tout.
Les vrais ennemis du pays sont parmi les malgaches mêmes, des malgaches qui ne veulent pas que tout le pays bénéficie des mannes qu’ils gagnent sans bruit ni tapage.
J’aimerai apporter ici quelques idées à propos de la Réconciliation qui n’arrête pas d’alimenter tous ces fonds de cette maudite crise.
A mon humble avis, une réconciliation nécessite une feuille de route, excusez de l’expression qui est à la mode. Moi je préfère utiliser une charte malgacho-malgache afin que le citoyen malgache se retrouve. Car tout malgache devra connaître tout le milieu auquel il évolue : économique (impôts, douane, nos contributions internationales, les dettes contractées et avec obligation de résultat fiable, honnête) – social (Ecoles, hôpitaux, soins divers, la place des fonctionnaires et des employés du secteur privé, etc …) – Nos moyens de production dans l’exploitation des secteurs divers (Agriculture, élevages, richesses minières, industriels) – une projection à long terme (Education, enseignements, formation des cadres dans tous les secteurs etc …)
La première nécessité, c’est d’avoir une vision commune entre tous les malgaches, une vision du positionnement de Madagascar, une vision interne où l’on pourra définir la place et le rôle du malgache par rapport à Madagascar. S’ensuit, une vision qui gagne l’adhésion générale des malgaches sur notre position face à la communauté internationale. Dans ces deux positions, il y a nécessité d’une refonte de notre position globale car en fait, il s’agit de reconstruire totalement la Nation Malgache et l’Etat en particulier.
Madagascar a toujours été depuis les mouvements populaires ou plutôt politiques, un centre d’expérimentation des décisions politiques à court terme. Beaucoup de ce qu’on avait décidé ne servait que les intérêts de ceux qui se sont mis à la tête de l’Etat. Et toutes les visions à long terme ne tournent que vers les décisions des pays pourvoyeurs de fonds car Madagascar n’a jamais eu de structures solides et fiables pour décider d’elle-même. Bref, l’avenir du pays a toujours été décidé par des politiciens résolument tournés vers un minimum d’Etat, un Etat qui n’est qu’un instrument exécutant les missions essentielles dictées soit par les intérêts personnels des dirigeants pouilleux, véreux soit par les missions imposées par nos pourvoyeurs de fonds extérieurs. A travers cela toute une panoplie de mensonges telle Développement, efficacité, Réalisations, Etat moderne etc …, inventées de toute pièce et copiant les inventions occidentales.
D’après moi, tous les dirigeants n’ont jamais compris le sens réel de leurs missions. D’où tous ces problèmes qui surgissent et ressurgissent ne serait-ce qu’à chaque élection. Avec toutes les conséquences que nous vivons aujourd’hui : parti unique – fédéralisme – communisme – Etat de droit – Démocratie – Fokonolona – Environnement et bla et bla et bla.
Tout ce qui est à la mode ailleurs sert de Leitmotiv afin d’obtenir plus de voix au vu des élections. Toutes les interprétations des règles venues d’ailleurs se sont avérées catastrophiques et ne conviennent en rien car improductives.
Le rôle de l’armée elle-même est devenu confus car les dirigeants malgaches n’ont jamais su faire la différence dans chacune de leurs interprétations des lois et des règles en vigueur. Comme si les affaires d’Etat ne sont pour eux que des jeux de rôle qu’ils font et les défont à leurs guises. Ce ne sont pas les événements qui le démentiront.
L’homme de la rue ne peut que se résigner à la destruction du pays devant les diverses provocations de la politique qui ne veut pas chercher les moyens pour relever le pays. Tous les diagnostics virent au rouge mais les remèdes que l’on propose ne sont au fait que des poisons qui rongent et amplifient tout le mal.
Permettez-moi de vous donner ici un site qui pourra vraiment intéresser pas mal de gens :
http://books.google.mg/books/about/Karana_et_Banians.html?id=RbZyAAAAMAAJ&redir_esc=y
L’incapacité de chaque pouvoir à résoudre les problèmes a entraîné la société malgache actuelle dans cette confusion, et on ne voit mal qui pourrait nous sortir de la situation actuelle. Le peuple est inquiet pour son présent et surtout pour son avenir.
Il y a la descente aux enfers de l’ordre public, l’effondrement de l’économie. Le redéploiement du pouvoir exécutif et du pouvoir judiciaire ne sert que l’injustice de tous ordres car les responsables politiques et administratifs ne veulent pas prendre conscience du rôle clef de ce que c’est qu’un Etat. Au contraire, ils mènent la croisade contre le rétablissement d’un retour à l’ordre équitable.
Tout cela se retrouve dans les collectivités décentralisées, le Fokonolona, où l’on propage le courant « populiste » inutile à la vie collective. Le contrôle des comptes y est quasiment inexistant et lorsque cela existe, le service chargé du contrôle ne laisse entrevoir aucune transparence des comptes car il n’y a plus de la probité.
Les intérêts ne sont plus les mêmes entre les tenants du pouvoir et ceux de la Nation : les routes, les adductions d’eau car les fonds sont insuffisants et que l’on presse trop le peuple pour les Impôts à cause des détournements et le partage léonins des deniers publics et même jusque dans les villages où l’on ne sait plus à qui incombent les responsabilités.
Les forêts sont décimées pour l’exploitation des bois de rose alors qu’ un arbre met trente ans avant de pouvoir être exploitable.
A cela s’ajoute le mauvais comportement des hauts responsables politiques et administratifs malgaches. Les responsables politiques confondent administration et intérêts de leurs partis. Si le Ministre est AKFM, tout son staff est AFKM, de même du temps de l’AREMA, du TIKO MADAGASCAR et maintenant du TGV. Vu que les hauts commis de l’Etat sont nommés par leurs partis, leur premier souci est de servir les intérêts des membres de leurs partis sous peine d’éviction.
Par ailleurs, les actions de dénonciation ne sont pas toujours médiatisées et les chefs d’Etats successifs n’ont jamais hésité à se substituer aux organes de contrôle. En bref, ANR dans ses pratiques démontre les vraies habitudes de ceux qui ont dirigé le pays: le dirigeant a plein pouvoir et ceux qui sont dans son camp peuvent faire ce bon leur semblent impunément, ceux qui n’en font pas parti n’ont aucun intérêt à prendre des initiatives.
Merci
solofoniaina
10 janvier 2012
http://reflexiums.wordpress.com/2011/03/25/madagascar-les-luttes-intestines-dans-la-communaute-karana-bhoras-khoja-etc/
solofoniaina
10 janvier 2012
J’aimerai ajouter aussi une chose.
Que les Français étaient là ou qu’ils n’étaient pas à Madagascar, il faut reconnaître que l’esprit comploteur est presque inné en nous malgaches.
Reconnaissons qu’Andrianampoinimerina avait dû forcer le passage avant d’accéder au Trône. Et que du Temps d’Andriamasinavalona, son royaume s’était disloqué car il ne pouvait pas imposer à ses 4 enfants et qu’il avait même été séquestré. Plus tard, Mavo, la future Reine Ranavalona avait comploté et fait tuer ceux ou celles qui pouvaient devenir Monarque à sa place. Radama II était tué car on complotait contre lui. Les Hovas avec les Rainilaiarivony et Rainivoninahitriniarivo ne faisaient que comploter et toutes les Reines qui se sont succéder n’étaient que des marionnettes.
Donc à tous et tous ceux qui croient que le problème n’est pas en nous malgaches tout d’abord, ce sont quand même des vérités de l’histoire qu’il na faudra jamais souillé.
Aux faiseurs de Roi se sont succédés les Faiseurs de République. Je me demande à quoi servent nos historiens ?
D’autant plus que nous malgaches, en tant qu’orientaux, nous aimons bien créer des légendes. On brode tout. Par exemple, pourquoi a-t-on occulté que Radama 1er s’était tranché la gorge sous l’emprise de l’alcool ?
Tous ces manières ont beaucoup de répercussions sur la manière que nous éduquons nos enfants. Nous les transmettons nos mauvais poils et nous les rendons poils de carottes.
Il y a beaucoup de choses qui méritent d’être dite sinon tout sera toujours SECRET D’ETAT. Quel SECRET , Quel Etat ?
Merci !
solofoniaina
10 janvier 2012
Si la FRANCE veut reprendre Madagascar, pourquoi n’ose-t-elle pas nous conquérir ouvertement, quitte à nous déclarer nouvelles colonies. Elle nous donne à nous tous malgaches la nationalité française et nous pourrions tous partir en France.
Au lieu d’utiliser des manières sordides et hypocrites ?
solofoniaina
10 janvier 2012
Car une chose est sûre ! La majeure partie de ces politicards ont presque une nationalité étrangère. Il n’y a que le soi-disant peuple qu’on laisse crèver à Madagascar, sanctuaire d’un peuple trop naïf.
solofoniaina
10 janvier 2012
La France, a trouvé en A N R, un allié, un instrument formidable pour stigmatiser et mettre au pas la population malgache. Ils ont trouvé une astuce formidable : jeter la suspicion sur tout le mouvement anti-HAT.
solofoniaina
10 janvier 2012
jE VIENS D’AVOIR LE SERVICE D’UNE CARTOMANCIENNE. ELLE AFFIRME QUE CE A N R RESTERA ENCORE AU POUVOIR CETTE ANNEE ET QUE CE N’EST PAS RA8 QUI SERA AU POUVOIR APRES MAIS UNE AUTRE PERSONNE.
solofoniaina
10 janvier 2012
Comment accepter que le génocide à Ambohitsorohitra soit ignoblement exploité tant du point de vue des victimes que de celui du Peuple Malgache qui en subissent les retombées désastreuses ?
solofoniaina
10 janvier 2012
Mon amie cartomancienne affirme aussi que rien ne se passera à Mada mais elle me dit que cela est valable pour les 03 premiers mois.
Rrabetafika
10 janvier 2012
Salut Pitch et Bonne Année 2012, malgré tout !
Je sentais bien que ton apparente léthargie n’était que feinte et que se préparait derrière quelque chose de fort : on attend la suite. Avec impatience !
En attendant, je ressers du réchauffé pour « amuser » la galerie. Propos d’un observateur qui n’est ni « pro » ni » anti » qui que ce soit, mais qui veut simplement que son pays et ses compatriotes avancent vers le développement le plus sain et le plus profitable à tous. Ce n’est pourtant pas demander la lune, non ?
50 ANS DE VIE POLITIQUE POSTCOLONIALE A MADAGASCAR : L’INNOMMABLE DESASTRE
(Publié sur sobika.com 27/01/2010 et madaonline.net 30-01-2010)
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Ile-continent de 592 000 kms2 située à 400 kms des côtes orientales africaines et à 10 000 kms de la France, Madagascar célèbrera dans six mois le cinquantième anniversaire de son indépendance. Ses quelque 19 millions d’habitants, dont au moins 70 % vivent, d’après les spécialistes, en-dessous du seuil de pauvreté, auront-ils la tête et le cœur à se réjouir de cet important évènement ? Rien n’est moins sûr. Leur seule et véritable préoccupation, aujourd’hui, se focalise sur la recherche de la pitance quotidienne dans un monde totalement absurde où la surconsommation et l’opulence la plus criante du plus petit nombre cohabitent avec la famine et l’indigence la plus dégradante du plus grand nombre. La Grande Ile fait partie des pays les plus pauvres du monde et ne doit, désormais, sa survie qu’à l’afflux des aides internationales et au développement d’une économie parallèle informelle où le népotisme, le copinage, l’affairisme, la vénalité et la corruption rongent, comme un gigantesque cancer, tous les rouages de la vie politique, économique, financière, sociale et culturelle du pays.
Comment et pourquoi cette île qui fut pourtant l’un des plus beaux fleurons de l’Afrique francophone au lendemain de la décolonisation de 1960 en est-elle arrivée là ?
Il serait hasardeux d’expliquer le déclin de ce pays, qui regorge pourtant de ressources naturelles
agricoles et minières abondantes et variées, par de simples théories économiques qui mettent en avant, par exemple, son éloignement géographique par rapport aux grands centres d’intérêt commerciaux et financiers mondiaux, son climat capricieux qui ravage régulièrement ses régions côtières, son manque d’ouverture et d’intégration commerciale et financière, notamment vis-à-vis des grands pôles commerciaux africains régionaux (COMESA, SADC)1, ou encore la faiblesse des efforts financiers qu’il peut déployer pour assurer la promotion de ses ressources humaines. Ces facteurs doivent, naturellement, être pris en compte, mais une analyse poussée de leurs prétendus impacts sur la situation conduit très rapidement à démontrer qu’il s’agit, en réalité, d’évidentes contre-vérités. En tout état de cause, ils ne peuvent pas, à eux seuls, expliquer l’important retard pris par la Grande Ile en termes, notamment, d’infrastructure, de technologie ou encore de développement humain.
Le sous-développement chronique de Madagascar, «conséquence dramatique de quatre décennies de régression quasiment ininterrompue des niveaux de vie»2 s’explique peut-être aussi, et sans doute principalement, par les turpitudes de ses dirigeants politiques et l’inadéquation de ses principales institutions, lesquelles ont ouvert la voie à de graves dérives en matière de gouvernance. Nous allons essayer d’en faire la démonstration.
Le « libéralisme socialisant» de Philibert Tsiranana et ses vicissitudes.
Successivement Protectorat (1895), Colonie (1896) et République membre de l’Union française (1958-
1960), avant de recouvrer son indépendance le 26 juin 1960, la Grande Ile s’est fait remarquer, pendant les douze premières années de son indépendance, par sa légendaire stabilité politique. Cette première période postcoloniale présidée par Philibert Tsiranana, fut particulièrement marquée par l’omniprésence et l’omnipotence des conseillers techniques étrangers – français dans leur quasi-totalité – qui étaient aux commandes des principaux leviers de la machine administrative, économique et financière du pays.
1 Les pays membres de la COMESA et de la SADC sont : l’Angola, le Burundi, les Comores, la République Démocratique du Congo, Djibouti, l’Égypte, l’Érythrée, l’Éthiopie, le Kenya, la Libye, Madagascar, le Malawi, l’Ile Maurice, les Seychelles, le Swaziland, le Soudan, l’Ouganda, la Zambie, le Zimbabwe, le Botswana, le Lesotho, le Mozambique, la Tanzanie, la Namibie et l’Afrique du Sud. Un gigantesque marché de plus de 350 millions de consommateurs potentiels.
2 FOURMANN E., « Madagascar après la crise, perspectives économiques 2003-2004 », Rapport de la Direction de la stratégie – Département des politiques générales – Division des études macroéconomiques au siège de l’Agence Française de
Développement, janvier 2003.
Madagascar connut néanmoins une certaine forme de progrès : sa population mangeait à sa faim et « l’Ile heureuse », comme on se complaisait alors à l’appeler, était exportatrice de riz, l’aliment de base du Malgache qui en consommerait 140 kgs par an.
En réalité, dès le milieu des années soixante, les Malgaches ont commencé à manifester leurs mécontentements vis-à-vis du pouvoir en place. A leur manière, ils dénoncèrent, d’une part la totale domination de l’économie de leur pays par les étrangers, d’autre part la mainmise du Parti Social Démocrate (PSD), parti politique gouvernemental, sur l’ensemble de l’appareil politico-administratif et de production de l’île.
Il faut noter, en effet, que les étrangers contrôlaient 80 % de l’économie moderne du pays et détenaient 90
% des capitaux qui y étaient investis. Sur les dizaines de milliards de FMG que drainaient annuellement les entreprises étrangères, 36 à 40 % étaient régulièrement transférés hors de la Grande Ile. Enfin, une comparaison des revenus annuels des différents éléments de la population faisait apparaître des différences considérables entre, d’une part les citadins et les ruraux autochtones, d’autre part les étrangers, les disparités étant allées de 1 à 25. Quant au PSD, un auteur avait affirmé qu’il était parvenu à une telle puissance qu’une véritable symbiose s’était faite entre lui, le Régime et l’Etat, et qu’on ne pouvait même plus dire que l’Administration intervenait en sa faveur parce que cette dernière, justement, est devenue un des principaux rouages de ce parti, avec toutes les dérives que cette situation devait immanquablement engendrer.
La première crise politique éclata ainsi en 1971 lorsque la Gendarmerie Nationale tenta d’écraser la révolte des éleveurs du Sud-Ouest qui refusaient de payer leurs impôts. Une grève générale, déclenchée un an plus tard, par des lycéens et des universitaires sur la quasi-totalité du pays amplifia le mouvement. La nuit du 12 mai 1972, quelque 400 grévistes réunis à l’Université d’Antananarivo furent alors arrêtés et déportés au bagne de Nosy-Lava.
Cette erreur tactique et politique majeure signa l’arrêt de mort du Régime en place et propulsa au pouvoir, en qualité de chef du Gouvernement, le Général Gabriel Ramanantsoa. La Grande Ile connut alors une nouvelle période politique relativement courte (1972-1975) mais très complexe, émaillée d’affrontements divers entre différentes forces civiles, militaires, politiques et même ethniques. Le point d’orgue en fut la disparition tragique – qui reste à élucider – du Colonel Richard Ratsimandrava, le malheureux successeur du Général Ramanantsoa, assassiné le 11 février 1975 après seulement six jours d’exercice du pouvoir. Mais, paradoxalement, le pays se stabilisa de nouveau après l’avènement, le 01 janvier 1976, de la République démocratique de Madagascar (RDM).
Les avatars de la République Démocratique malgache de Didier Ratsiraka.
Ministre des Affaires étrangères du Général Ramanantsoa, négociateur des nouveaux Accords de coopération avec la France et promoteur de l’ouverture de Madagascar vers les pays de l’Est, Didier Ratsiraka accéda à la magistrature suprême du pays par la voix directe du peuple, après avoir fait adopter par la même consultation populaire une nouvelle Constitution et sa « Charte de la Révolution socialiste malgache », une sorte de profession de foi dans laquelle il manifesta sa volonté, par ailleurs tout à fait légitime, de se démarquer de l’influence française. Il mit en place, par le biais de la révolution socialiste tous azimuts, de nouvelles structures étatiques plus adaptées, de son point de vue, à l’objectif d’indépendance plus réelle de son pays vis-à-vis de l’extérieur.
Dès la fin de l’année 1976, l’étatisation de l’économie de la Grande Ile s’est ainsi traduite par le contrôle à 61 % par l’Etat socialiste malgache de la machine économique, dont 100 % pour les assurances et les banques, l’eau et l’électricité, 78 % pour les exportations, 70 % pour le commerce intérieur, 60 % pour les importations, 35 % pour l’industrie et 14 % pour les transports maritimes.
L’histoire est-elle un éternel recommencement ? La question reste posée car, pour la seconde fois, elle vit l’émergence, l’organisation et le développement au sein d’un nouveau parti politique, l’Avant-Garde de la
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Révolution socialiste malgache (AREMA), d’une nouvelle bourgeoisie d’affaires nationale au pouvoir tentaculaire, gravitant autour de Didier Ratsiraka et infiltrée dans tous les rouages de la vie politique, économique, sociale et culturelle du pays : les Forces armées, les banques, les assurances, la Justice, les sociétés d’Etat, les grandes compagnies privées et, bien entendu, l’Administration.
Cette nouvelle intrusion de la politique partisane dans la gestion des affaires publiques, couplée avec un climat de morosité de l’économie mondiale, constitua le ferment d’une nouvelle et très importante crise économique, financière et sociale, tous les indicateurs macro-économiques du pays ayant alors viré au rouge.
En 1985, appelés au chevet d’un Etat malgache au bord de la cessation de paiement, le FMI et la Banque Mondiale apportèrent leurs remèdes-miracles, avec les conditionnalités draconiennes d’usage dans leur célèbre Programme d’Ajustement Structurel (PAS) : libéralisation du commerce, privatisation ou dissolution des sociétés d’Etat, levée du monopole d’Etat sur les activités bancaires, dévaluation du franc malgache, assainissement progressif des finances publiques et arrêt des recrutements dans la Fonction Publique, allègement des charges fiscales pesant sur les entreprises, encouragement du développement du secteur informel de l’économie, etc.
Bref, il s’agissait purement et simplement de dynamiter méthodiquement et systématiquement toutes les structures socialisantes du pouvoir socialiste de Didier Ratsiraka : une véritable hérésie pour les dogmatiques et les caciques du Régime ! Mais l’argent coula à flots et permit à une nouvelle frange de la population évoluant dans le secteur informel de se constituer des fortunes colossales en un temps record, sous l’œil indifférent des Institutions de Bretton Woods.
Ce revirement forcé à 180° de la philosophie politique et du modèle de développement économique du pays n’apporta cependant aucun changement palpable sur le plan national, bien au contraire. La grande majorité de la population malgache continua de s’appauvrir d’une manière dramatique. Une nouvelle grève générale déclenchée dans tout le pays en juillet 1991 et une marche pacifique de la foule tananarivienne sur le Palais d’Etat située dans la banlieue sud de la capitale, un mois plus tard, chassèrent alors Didier Ratsiraka du pouvoir, non sans effusion de sang. Il partit se réfugier en France et fut remplacé par Albert Zafy, un professeur agrégé de médecine.
Quatre ans plus tard, Didier Ratsiraka revint cependant à la magistrature suprême du pays, après des élections censées avoir été démocratiques, organisées à la suite de l’échec retentissant de la présidence d’Albert Zafy (1991-1996) qui a fait l’objet d’une procédure constitutionnelle d’empêchement par les membres les plus influents de son propre camp. Mais les événements dramatiques consécutifs à l’élection présidentielle de la fin de l’année 20013 le chassèrent encore une fois du pouvoir. En juin 2002, il fut contraint de se réfugier de nouveau en France et vit toujours dans les quartiers chics de la capitale française.
Marc Ravalomanana devint alors le cinquième Président de la République malgache depuis l’indépendance de 1960, mais le premier originaire des Hauts Plateaux – il est important de le souligner – élu par la voie des urnes.
Marc Ravalomanana, l’homme du changement ?
Totalement inconnu du grand public avant son arrivée à la tête de la Mairie d’Antananarivo dont il assura la gestion avec une redoutable efficacité, Marc Ravalomanana étonna tout le monde lorsqu’il se présenta aux élections présidentielles de décembre 2001. Déclaré vainqueur après le premier tour qui a généré moult rebondissements, il déchaîna toutes les passions, tant sur le territoire national qu’à l’extérieur, le
3 Le bras de fer auquel se sont livrés les deux candidats à l’élection présidentielle du 16 décembre 2001, Didier Ratsiraka et Marc Ravalomanana, qui a vu la victoire de ce dernier, a failli plonger le pays dans une effroyable guerre civile aux conséquences incalculables.
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fulgurant développement des NTIC ayant permis à la diaspora, via Internet, de prendre une part importante, et sans doute même déterminante, aux débats qui se sont livrés sur le sujet. Il y eut, bien entendu, l’admiration débordante de ses supporters, mais aussi la suspicion, la rancœur, l’esprit de vengeance et la haine viscérale de ses détracteurs.
Self-made-man, propriétaire de la plus importante unité agroalimentaire de l’île, Marc Ravalomanana dérangeait, semble-t-il, à cause de ses origines paysanne et merina4, des succès qu’il a enregistrés dans la gestion de ses affaires privées (le Groupe Tiko) et publiques (la Mairie d’Antananarivo), enfin de la foi inébranlable qui l’animait. Son credo : la bonne gouvernance. Son ambition : le développement rapide et durable de son pays. Ses moyens : la bonne volonté et l’honnêteté intellectuelle des hommes et femmes dont il s’est entouré, ainsi que le soutien financier de la Communauté internationale, le FMI et la Banque Mondiale en particulier.
Mais la situation économique, financière et sociale que le régime de Didier Ratsiraka lui a laissée en héritage était la plus dramatique que la Grande Ile ait jamais connue depuis son indépendance. Didier Ratsiraka, bien entendu, n’en était pas le seul responsable. Toute sa cour était également et totalement impliquée dans ce terrible échec, plus particulièrement tous ces technocrates hyper-doués (Polytechnique, Centrale, Mines, ISA, IEP, IAE, EDHEC, MBA, etc.) qui, par amitié et fidélité sans doute, ont mis leur science, leur savoir et leur savoir-faire au service de leur chef suprême. Pendant les 25 années de règne sans partage du Président de la RDM, ils n’ont su ni contenir ni neutraliser les manœuvres les plus abjectes des affairistes de tous bords et des opportunistes sans foi ni loi qui ont procédé au pillage systématique et au dépeçage scientifique de toutes les richesses du pays, ravalant ainsi ce dernier aux premiers rangs des pays les plus pauvres du monde.
Marc Ravalomanana s’était engagé à changer cette situation incompréhensible et intolérable. Il a essayé de s’en donner les moyens, mais il n’y eut ni miracles ni «développement rapide et durable», pour reprendre une expression qu’il semblait affectionner. Il s’est pourtant attaqué, avec conviction et résolution, aux sujets les plus urgents : le développement des infrastructures routières, l’amélioration de la protection sanitaire et sociale, le renforcement du système éducatif, mais aussi la bataille contre la corruption, pour inverser le cours de l’histoire et soulager la grande majorité des Malgaches de son insoutenable pauvreté.
A l’instar de ses prédécesseurs, il n’a malheureusement pas su maîtriser à temps les manœuvres insidieuses de son entourage. Le nouveau parti politique Tiako i Madagasikara (TIM) qu’il a créé et fait développer, notamment, est devenu une véritable machine de guerre, non seulement ultra dominante au sein des deux chambres du Parlement, mais encore et surtout infiltrée dans les rouages du pouvoir politique, administratif, financier et de production du pays. Tout naturellement, il a fini par verser dans les errements, les dérapages et les dérives totalitaires du PSD et de l’AREMA en leur temps, signant de facto l’arrêt de mort du Régime.
Il est cependant important, par fidélité à l’Histoire, de mentionner que, très objectivement, Marc Ravalomanana était encore le seul homme politique malgache, depuis l’indépendance de l’île, à avoir eu une vraie vision du développement de son pays et à tenter de se donner les moyens de faire avancer les choses. En quelques années, il a réussi ce que personne d’autre n’a fait, ne serait-ce que pour les infrastructures routières ou le développement de l’agrobusiness. La cécité politique dont il a fait preuve reste incompréhensible, car les signes avant-coureurs de son déclin étaient là, bien visibles, notamment lorsque le TIM perdit la mairie de la capitale aux élections municipales du 12 décembre 2007, au profit d’un jeune et riche chef d’entreprise, Andry Rajoelina, self made man comme lui.
4 La population malgache comprend 18 ethnies. L’Histoire a toujours enseigné que les Merina, minoritaires, originaires des Hauts Plateaux, auraient eu la mainmise sur l’essentiel de l’appareil politico-administratif et de production du pays. On avait ainsi l’habitude de les opposer aux 17 autres ethnies de l’île, en appliquant la politique parfaitement rodée mais désormais éculée du régime colonial : « diviser pour régner ».
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La réélection à la Présidence de la République de Marc Ravalomanana en décembre 2006, bien que difficilement acquise5, a sans doute pu lui faire penser que tout lui était désormais possible et permis. D’où l’abus – jusqu’à la lie – d’une position dominante, non seulement inacceptable sur le principe, mais
également intenable sur le long terme. Réputé personnage, plus d’instinct que de raison, il aurait peut-être dû écouter davantage ses conseillers, les plus lucides et les plus honnêtes d’entre eux. Il y en a eu. Cela lui aurait évité de commettre les trois erreurs politiques majeures qui lui furent fatales et qui ont permis à Andry Rajoelina de lui ravir sa place dans les conditions dramatiques qui sont rappelées dans les lignes
qui suivent.
« La révolution orange » d’Andry Rajoelina et l’indescriptible désordre institutionnel qu’elle a généré.
Plagiat de la révolution orange ukrainienne de 2004, la révolution orange malgache de décembre 2008, est la résultante de trois évènements politiquement sensibles qui ont définitivement scellé le sort de l’avenir politique du dernier Président de la République élu de la Grande Ile, réfugié aujourd’hui en Afrique du Sud :
– d’abord, la fermeture de la télévision Viva TV, propriété d’Andry Rajoelina, accusée d’avoir diffusé une récente interview de Didier Ratsiraka sur la situation politique du pays, cette fermeture ayant été citée comme un exemple parmi d’autres d’une nième atteinte des pouvoirs publics en place à la liberté d’expression ;
– ensuite, la révélation de la négociation d’un important contrat entre l’Etat malgache et la société sud-coréenne Daewoo Logistics, relatif à un projet de location de terres pour la culture de maïs et de palmiers à huile : une véritable hérésie d’après ses détracteurs, quand on sait l’attachement viscéral du Malgache à la terre de ses ancêtres ;
– enfin, l’achat par Marc Ravalomanana, d’un nouvel avion présidentiel dont le coût – 60 millions de dollars – aurait plus ou moins correspondu au montant des aides internationales qui devaient être versées aux Pouvoirs Publics malgaches pour des actions, non pas d’apparat, comme on a pu le lui reprocher, mais de développement.
En moins de trois mois, ce mouvement prétendument populaire, alimenté et animé en fait par une foule tananarivienne disparate, déçue de la mauvaise gouvernance de Marc Ravalomanana, a conduit Andry Rajoelina (entretemps démis de ses fonctions de maire de la capitale) et sa troupe à prendre le pouvoir par la force, avec l’aide d’une petite (mais puissamment outillée) fraction de l’armée.
Le bilan de ce coup d’Etat, condamné par l’ensemble de la Communauté internationale, fut très lourd : au moins une centaine de morts, des arrestations arbitraires, un appareil de production – plus particulièrement du Groupe Tiko – pillé et vandalisé, des incitations à la violence, des mutineries, une atteinte invraisemblable à l’intégrité de diplomates étrangers et, enfin, des accusations – totalement infondées – de tentatives d’attentats à la bombe contre les adversaires les plus actifs de cette prise de pouvoir illégal.
Une grave crise institutionnelle s’en est suivie, à laquelle se sont mêlés, de surcroît, les anciens Présidents de la République, Didier Ratsiraka, Albert Zafy et, naturellement, Marc Ravalomanana, chacun d’eux s’obstinant à vouloir reprendre une part active, au plus haut niveau de l’Etat (du moins de ce qu’il en reste), à la gestion des affaires nationales et internationales du pays, par le biais de leurs mouvances politiques respectives.
Plus d’un an après le début de cette crise, aucune solution sérieuse ne semble pourtant se profiler à l’horizon, en dépit des interventions maintes fois répétées et des menaces de sanctions lourdes – notamment financières – de plus en plus précises, brandies par la Communauté internationale (Union africaine, SADC, Union Européenne, Etats Unis), laquelle n’a de cesse de prôner le rétablissement de
5 Il ne fut réélu qu’avec 54,79 % des voix.
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l’ordre constitutionnel, la mise en place d’institutions transitoires dites « consensuelles et inclusives » et le retour de la démocratie.
Les dernières actualités politiques malgaches apportent chaque jour leurs lots de mauvaises surprises. L’exemple dramatique et le plus injuste est l’exclusion de Madagascar du bénéfice de l’AGOA (African Growth and Opportunity Act, un système de préférence douanière qui permet à certains pays africains de pénétrer plus facilement le marché américain), avec en perspective la destruction de quelque 180 000 emplois directs et indirects liée à la fermeture probable d’au moins une vingtaine d’usines textiles des zones franches touchées par cette mesure à très large connotation politique. C’est également le cas du processus de paix, initié et mis en place au forceps par la Communauté internationale, qui a volé en éclats après la récente décision unilatérale d’Andry Rajoelina de s’en retirer.
Il devient ainsi de plus en plus illusoire de croire et d’espérer que tous les politiciens impliqués dans ce désastre finiront un jour par revenir à la raison et à s’accorder sur un règlement fraternel, consensuel et définitif de leurs querelles ignominieuses. A cause de leur entêtement, de leurs atermoiements, de leurs tergiversations et de leur mauvaise foi manifeste, le Malgache de la rue continue, lentement mais sûrement, sa descente vers les bas fonds de l’indigence la plus absolue. Malgré sa patience légendaire, il ne serait pas surprenant qu’il participe, demain, à des actes de désespoir total : une émeute de la faim, par exemple.
Aussi, la tentation est-elle grande, aujourd’hui, de s’en remettre à l’intermédiation de l’armée, avec un grand «A», celle qui aurait encore le sens de l’honneur, de la parole donnée, de la discipline (c’est son métier !) et de « l’intérêt supérieur de la Nation », cette notion trop de fois galvaudée au cours de cette crise interminable et honteuse. Cette armée aurait pour principale mission de rétablir l’ordre, en mettant en veilleuse la politique et, surtout, en écartant de la direction actuelle des affaires nationales tous les protagonistes de ce désordre institutionnel inacceptable. Elle organiserait ensuite, le plus rapidement possible, de nouvelles élections, pour départager par les urnes tous les prétendants à des fonctions publiques, présidentielles en premier lieu. Ces consultations seraient organisées sous la surveillance étroite d’observateurs internationaux, pour garantir l’égalité des chances des candidats et, surtout, la liberté de choix de chaque citoyen.
La seule et lancinante question est de savoir si la Grande Muette qui, elle aussi, subit actuellement de plein fouet les affres de l’indiscipline de certains de ses éléments, est réellement en mesure de se donner les moyens de la réalisation de cette noble mission, pour que triomphent enfin dans ce merveilleux pays, non pas les hommes ni les mouvances politiques, mais les nouveaux projets de société et les programmes de développement viables et réalisables qui lui ont tant manqué au cours de ces dernières décennies.
Ce sera sans doute le prix fort à payer pour le retour d’une vraie paix sociale, durable et profitable au plus grand nombre. Et c’est tout le mal qu’on puisse souhaiter à la Grande Ile à la veille de la célébration du cinquantenaire de son indépendance, en attendant l’arrivée prochaine d’un nouveau Président de la République qui aurait à la fois «la naïve droiture» d’Albert Zafy dans la conduite des affaires nationales,
«la belle prestance» de Didier Ratsiraka, du temps de sa splendeur, au niveau international, «l’instinctive habileté» de Marc Ravalomanana dans les activités économiques et, enfin (soyons fous), «l’insolent jusqu’au-boutisme» d’Andry Rajoelina, le tout dans le seul, unique et exclusif «intérêt supérieur de la Nation»6.
Roger RABETAFIKA
Institut Supérieur d’Etudes Comptables Faculté de Droit et de Science Politique Université Paul Cézanne d’Aix-Marseille III
6 Merci à Lily R. d’avoir insufflé une petite note d’espoir dans l’implacable noirceur de ce bilan.
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toavina
10 janvier 2012
bjr, info: livre Madagascar dans une crise interminable, ed l’Harmattan.
RRabetafika
10 janvier 2012
Ouvrage intéressant, véritable mine d’informations pour ceux qui veulent fouiller !
solofoniaina
11 janvier 2012
Vraiment, votre texte est, on ne peut plus, très clair. Félicitation !
Madagascar regorge de richesses, tant dans ses ressources que dans ses potentiels humains et vous êtes la preuve.
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L’urgence c’est de passer à une vraie reconstruction d’un Etat Malgache où tous les malgaches, au moins, se retrouvent.
Un autre problème, que ce soit ce ANR ou un autre, ce ne sont que des marionnettes, manipulées de l’extérieur. Pourrions-nous, un jour, nous sortir de cette emprise coloniale et impérialiste alors que nous servons de terrains pour leurs matières premières en tous genres ?
Ravalomanana aurait pu redresser la situation de Madagascar, mais il lui manquait un certain discernement dans la conduite des relations internationales. Il a pêché, en voulant conduire les affaires de la Nation, à la manière dont il a réussi à faire de TIKO Madagascar le seul et unique fleuron d’une vraie industrie malgache. Hélas, de TIKO, je ne sais pas si un jour, elle renaîtra de ses cendres, tandis que les autres sociétés multinationales françaises continuent à prospérer sans le moindre signe d’une volonté de développement humain.
D’un côté aussi les autres comme les Karana qui se sont enrichis vite, grâce au régime de Ratsiraka commencent, sans bruit ni tapage à faire la pluie et le beau temps.
Mais que ce soit Ravalomanana ou un autre, tant que l’on dérange les intérêts du pays colonisateur, on se serait toujours diriger au même résultat : LE COUP D’ETAT.
Ratsiraka a péché et beaucoup trop même. c’est de son régime qu’on été formé tous les vautours sans scrupules actuels.
A l’horizon de 2013, on voit en gros titre dans les journaux que Mailhol se prépare pour accéder à sa prédiction.
Je fais peut-être parti des plus cons des malgaches car je ne vois pas du tout le moindre espoir pour nous malgaches. L’on se résigne comme tout homme de la rue.
Pauvre de nous Malgaches.