L’horloge et les parieurs ….
Par Patrick Rakotomalala (Lalatiana PitchBoule)
La dernière mission du FMI conclut sur une révision à la baisse des prévisions de croissance de Madagascar qui, après avoir connu un taux de 3% en 2014, était initialement envisagée à 5%. Avec un taux d’accroissement démographique de l’ordre de 3%, on va donc mathématiquement vers une aggravation de la pauvreté. A l’horizon 2030 (soit dans 15 ans, soit dans 3 mandatures) la population malagasy sera de 36 millions, à 2050 elle sera de 55 millions… Où donc en sera-t-on ?
Ces chiffres sont là pour rappeler à certains qu’on est dans l’URGENCE et que ce qui nous parait déjà dramatique aujourd’hui sera tragique dans peu de temps… C’est une véritable catastrophe humanitaire qui se dessine… Ces chiffres sont là rappeler à ceux là qui ont, parait il, en charge la chose publique, leur éminente responsabilité pour demain…Et quand on sait qu’il faut au moins 20 ans pour qu’un processus de gouvernance et de stabilisation, correctement initialisé, porte ses fruits, on peut craindre le pire …
De fait, quand a énoncé encore une fois que ce dont le pays à jusque là le plus souffert et qui a tué sa capacité de développement, c’est avant tout son instabilité politique et ces crises à répétition toujours plus violentes et toujours plus rapprochées, on se demande bien à quoi pensent ceux, des deux bords, qui se lancent dans une nouvelle séquence d’affrontement politique. Peut être ont-ils perdu leur montre. Il leur faudrait faut une grande souscription pour leur offrir, à défaut de 4×4, une horloge qui leur permette de retrouver le sens du temps et de la durée … Insupportable légèreté…
La raison de la crise de 2009 (et des précédentes) est profondément là : la terreur que certains éprouvaient d’un pouvoir omnipotent capable de faire voter en sa faveur les populations, obérait chez eux toute capacité à s’entendre et négocier. On aurait pu rêver les voir bâtir un front d’opposition suffisamment cohérent capable d’affronter des élections démocratiques … Il aurait fallu, pour qu’ils y parviennent, monter une équipe et négocier sur le long terme et sur la base d’un programme et de valeurs… non… faut pas rêver… plutôt que de construire et de réfléchir et éduquer, il est plus simple de traficoter de petites alliances fugitives vite trahies… ça donne moins à réfléchir… c’est moins couteux…
La politique est décidemment un milieu pathogène, semble t il, particulièrement périlleux sur le plan de la santé mentale. On semble bien mal loti entre le syndrome d’hubris qui touche certains dirigeants (paranoïa, messianisme, mégalomanie, …) et ce curieux syndrome d’Altzheimer qui frappe d’amnésie et de désorientation chronique (perte de la notion de temps et d’espace) des « représentants du peuple », incapables de garder en mémoire les dramatiques errements du passé.
NO PAST, NO FUTURE … Incapables de bâtir un projet commun qui ne se limite pas à un coup de force faute de courage, faute de capacité de vision, faute d’intelligence … « Tentons le passage en force et réfléchissons après » est le modèle de référence … Mais il ne faut surtout pas réfléchir avant … sauf sur les moyens les plus efficaces de mettre à bas tout ce qui pourrait constituer le moindre socle de stabilisation … C’est réellement à se demander si des forces ne sont pas là qui auraient intrinsèquement intérêt à entretenir systématiquement une instabilité propice à tous les trafics, toutes les magouilles, toutes les compromissions … et font feu de tout bois (de rose, bien évidemment) …
Insupportables parieurs… Et encore, on a affaire ici à de bien mauvais parieurs, atteints du syndrome du tilt : incapables de patience, incapables de contrôler ou de canaliser leurs pulsions… capables de faire n’importe quoi et de miser très gros sur un pronostic fallacieux qui va les mener (eux et le pays) droit à la banqueroute. Ils vont préférer parier sur le court terme au lieu de gérer collectivement l’incertitude[i] et de bâtir. Mais la grosse mise immédiate qu’ils mettent aujourd’hui à acheter des voix, toujours plus chères, ne pouvait elle pas servir à financer des campagnes d’éducation politique et d’action de terrain au bénéfice des populations ? … Moi on me donnerait le 100ème de ce qu’ils dépensent c’est ce que je ferais …
… Gouverner c’est parait-il prévoir… Prévoir c’est voir devant… c’est affirmer sa capacité à envisager vers l’avant la toujours plus décisive dimension temporelle… Ce ne peut pas être, « je défends mes intérêts aujourd’hui… Demain est un autre jour au cours duquel, selon, je m’occuperai probablement de moi, et éventuellement de l’intérêt de ceux que je suis censé représenter ».
L’exercice du pouvoir ne peut pas être « Je prends les décisions en fonction de mes seuls enjeux et de mes seules ambitions… Et il peut advenir que je prenne une décision, miraculeusement ou sur un éclair de génie, qui serve à la fois mon intérêt politique et mon image ET l’intérêt public »… Mais cela tient, on l’a dit, ou du miracle ou de l’éclair de génie… Je ne crois personnellement ni au génie, ni au miracle…
Quand on prend conscience de ce qui attend le pays à l’horizon 2030-2050, de son évolution démographique, du besoin de création de richesse qui doit être supérieur à cette évolution démographique pour espérer sortir de ce cycle infernal de la misère, de l’explosion probable d’une criminalisation des couches les plus défavorisées au sein d’une urbanisation anarchique toujours plus génératrice de pauvreté et de violence, on ne peut qu’être abasourdi de l’incurie de ceux là qui ne paraissent préoccupés que par leur propre sécurité immédiate … A-t- on jamais posé, dans ces « honorables » assemblées, le débat en termes d’urgence quant au caractère explosif de la situation du pays. Ou faut il qu’on aille leur arracher les (… bref …) pour qu’ils comprennent qu’ils sont allés trop loin ?
Est-ce parce qu’ils ne croient pas eux-mêmes dans leur propre capacité à gérer le futur sombre qui se dessine qu’ils démissionnent aujourd’hui et qu’ils ne se préoccupent que de leur présent et de leur survie et intérêts immédiats ? Ils seraient, dans ce cas là, dans une profonde et criminelle escroquerie et n’auraient désormais plus aucune légitimité vis-à-vis de ceux qu’ils prétendent diriger et guider.
On a besoin de courage (je n’ose pas dire abnégation ou même honnêteté) chez nos hommes politiques … Que ceux qui ne se reconnaissent pas dans ces qualités, le disent … et s’en aillent … Ce serait pour une fois faire preuve de courage politique que de dire : « Je ne sais pas faire, je ne peux pas faire, je me suis trompé … Je ne veux pas vous tromper … Je me rétracte »
Mais, dans l’absolu, l‘inconséquence et l’incurie des uns n’est pas moins insupportable que la malhonnêteté des autres. L’inconséquent passif non agissant qui ne « taperait pas dans la caisse », n’est pas moins nuisible (s’il est moins criminel) que le corrompu … Même si sa passivité constitue en soi une forme de spoliation du bien public.
On peut toutefois tenter de voir, dans tout ce fatras, une lueur d’espoir … Si les motivations des uns et des autres de ces protagonistes nous paraissent largement douteuses, cette crise peut avoir l’avantage de fixer les limites de chaque partie … L’affrontement actuel, s’il ne se conclut pas par la violence, aura peut être posé les bornes que le pouvoir exécutif et la chambre basse devront désormais s’interdire mutuellement de dépasser … sous le regard des PTF et de la communauté internationale.
On aura alors peut être atteint ici les deuxième et troisième conditionnalités au passage à la démocratie selon le modèle de Dankart Rustow [ii] qui m’est cher[iii]. Le modèle décrit en particulier, comme « seconde pré-condition (pour le passage à la démocratie), l’existence d’une crise politique prolongée et insoluble qui voit s’ouvrir une fenêtre d’opportunité à la démocratisation quand un constat absolu d’impasse au conflit est établi. … La troisième phase est une phase de « Décision » qui émerge quand les acteurs, constatant l’impasse du conflit après avoir épuisé toutes les solutions, sont contraints de NEGOCIER un compromis et des règles démocratiques ».
Mais bon, ce serait faire preuve, comme moi, d’un indécrottable optimisme … Mais que nous resterait il sinon ? … Ah si … On peut se battre… et ne pas renoncer, encore et toujours …
Si on veut que vive Madagascar.…
Patrick Rakotomalala (Lalatiana PitchBoule )
09 Juin 2015
[i] Thème cher à l’écologie politique
[ii] « Transition to democracy : toward a dynamic model ». Dankwart A. Rustow (document accessible en ligne sur : http://polisci.osu.edu/faculty/mcooper/ps744readings/rustow.pdf)
[iii] https://madagoravox.wordpress.com/2012/01/10/50-ans-de-transition-deuxieme-partie/


Solofoniaina
10 juin 2015
MERCI Maître pour ce nouveau blog !
A mon avis, vous avez déjà tout dit ! Tout ce qu’il faut pour qu’une personne sensée puisse s’inspirer !
Mais les choses en restent toujours là, sinon, elles empirent.
Où faudrait-il trouver les solutions ? Les solutions à nos problèmes se trouvent en nous-même, c’est ce qu’on dit !
Décidément, le mauvais sort s’acharne toujours sur notre pays qu’à chaque fois que le soleil se lève, le jour nous apporte toujours ses lots de problèmes.
Quand j’avais encore servi de nègre à des thésards, j’ai retenu en ce temps-là un constat de la Banque mondiale pour une TOTALE RECONSTRUCTION ou un total REFONDEMENT du pays et que pour le FMI, il faudrait changer tous les fonctionnaires de l’Etat Malagasy car ils y a trop de corrompus.
Vous vous rendre compte ? C’est comme s’il va falloir refaire toutes les genèses du peuple malgache.
Je ne connais pas trop le sens du monte REFONDEMENT, mais le dictionnaire Larousse nous le sort comme : Reconstruire sur des bases, des valeurs nouvelles, notamment dans le domaine politique et par là, au vu et constat de la réalité des choses et du contexte de la géopolitique internationale qui prévaut : TOUT REVOIR ! TOUT !
Madagascar et en général, nous malgaches, sommes un peu perdus dans les dédales de nos politiciens qui veulent accaparer à eux-seuls l’histoire du pays comme si le peuple malgache, perdu aussi dans les affres de la misère, n’existe plus, n’existe même pas à leurs yeux sauf pour le faire voter aux élections afin que les reconnaissances internationales puissent valider toutes les mascarades sinon on ne touche pas de l’argent auprès des bailleurs.
Si nous suivons un peu les discours de ceux qui concourent pour se faire élire, leur LEITMOTIV c’est LES BAILLEURS DE FONDS ETC ETC.
Peut-être quand Madagascar sera exposée au cas des pays meurtris comme l’Ukraine ou La Syrie ou La Libye ou l’Iraq, les mentalités changeront
Nos dirigeants ne prennent jamais le mal ou les maux qui rongent ce pays comme leur priorité ; ils ne sont même pas à jour par rapport à tous les problèmes prédominants actuels dans le monde.
Je pense que tous ceux qui aspirent aux chaos dans le monde ont déjà presque leurs antennes à Madagascar. Qui sait si les GEORGES SOROS (l’expert en révolutions colorées), les CABALISTIQUES, les ISLAMISTES, les ILLUMINATIS ont déjà leurs antennes chez nous et n’attendent que le moment propice pour faire éclater Madagascar en un nouveau champ de batailles ?
En ce moment, l’affaire de la dame député bat son plein et ses amis comme ses adversaires ne pensent qu’à se justifier et la presse joue à fond ce cas pour mieux vendre ! Pour ma part, si j’étais à la place de la dame, je ne jouerai pas cette SACRO SAINTE « ‘IMMUNITE PARLEMENTAIRE » mais j’aurai été heureux de dire aux forces de l’ordre, vous faites votre boulot et je suis là pour servir mon pays DONC JE VOUS LAISSE FAIRE.
Et la suite ? Tout le monde polémique là-dessus ! Les gens qui connaissent la loi FONT DES DECLARATIONS TUNITRUANTES pour se faire valoir !
Et c’est toujours comme ça l’histoire du pays !
Rappelons-nous de l’histoire d’Andriamasinavalona et de ses 4 enfants !
En ce moment, on parle de la construction imminente de 89 mosquées à Madagascar ; Certes, c’est la voix de la rue mais pour la plupart ces rumeurs se sont toujours avérées ! Quel constat amer ! Et où sont nos dirigeants ? Que font nos élites ces élites qui ne sont que des boulets, des parasites, des sangsues ?
On prend trop les bailleurs comme des solutions uniques à nos problèmes d’argent. J’ai pu lire il y a quelques temps qu’un député avait proposé que l’on commence à vendre notre OR sur le marché international. On n’avise pas que chaque fois que l’on nous prête de l’argent, c’est l’avenir de nos enfants qui sont pris en otage et que le dollar ou l’Euro ne sont pas exempts de taux débités à nous !
Tenez en guise d’exemple, j’aurai aimé vous envoyer une photo d’un de nos anciens dirigeants ; lui il a milité car il en avait marre des détournements et tout et tout et tout. Sur internet, je suis tombé sur une photo de sa maison à l’Ile Maurice (j’aurai aimé la mettre ici mais je n’arrive pas à faire la copie) et je suis bien GAGA BE ! Avec quel argent ?
Sur ce, je vous envoie mes meilleurs salutations !
pitchboule
10 juin 2015
Hi Solofo,
Heureux de vous voir encore là fidèle parmi les fidèles … Malgré nos prises de becs passées 🙂
Je vous raconterai un jour qu’au bout du compte pourquoi je continue à y croire.
Laissez moi un skype sur mon adresse perso (prakotomalala@gmail.com) ou un tel … On aura bien l’occasion de boire un verre à Tana lors d’un prochain passage…
Bien amicalement à vous
solofobls
12 juin 2015
Je suis agréablement surpris de la rapidité de votre réponse et j’en tire une totale confiance quand à mes capacités à prouver aux gens que je ne suis pas mauvais.
Cette prise de bec était pour moi, une façon de tirer des leçons tout comme en Judo où l’on tombe pour mieux se relever.
Je vous donnerai mon numéro de téléphone et avisez-moi quand vous serez à Mada car on aura beaucoup de choses à se dire et que l’on ne restera pas tout simplement des correspondants aux blogs mais que l’on approfondira nos points de vue et que nous serons toujours déterminés à fixer un but dans l’espoir de mieux servir à quelque chose pour mieux se sentir utiles réciproquement.
Avec mes estimes sincères et à nos respects mutuels.
A très bientôt !