Les chroniques de Ragidro : Change en toi ce que tu veux changer chez l’autre…

Posted on 17 juillet 2021

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Par Patrick Rakotomalala (Lalatiana PitchBoule) – Juillet 2021

Dans le classement 2021 par Fund For Peace des pays à risque d’éclatement[1], Madagascar est classé à la 57ème place… 57ième place sur 179, dans ce classement des « Etats fragiles », que le vocabulaire de la bien-pensance diplomatique ne dit plus « Etats Faillis ». On se dira, « Oouf !!! Il  y a donc pire que nous en termes de défaillance de l’Etat ».

Mais peut-il y avoir pire que les 1,5 million de personnes en danger de famine du Grand Sud ?… Et puis, où situer « le pire » quand 42% des enfants de moins de 5 ans souffrent de retards de croissance et ne combleront plus jamais leurs  carences  en termes de développement intellectuel ?… Ou situer le pire, quand le pays a perdu 25%  de sa force de travail sur cette classe d’âge ?… Où situer le pire quand seuls 17% des jeunes de la classe d’âge de  troisième sont capables de lire leur propre langue ?….

Effectivement, nous ne sommes pas noyés pas dans les fins fonds du classement des EtatsFragilesPasDitsFaillis .. Et pour cause : le pays n’est pas en guerre avec l’extérieur … Et l’insularité de Madagascar semble lui éviter la mauvaise note de ces territoires qui souffrent d’envahissements faute de pouvoir défendre leurs frontières. Le bas niveau de risque sur ces indicateurs sécuritaires ( ???) nous fait remonter dans le classement.

Alors doit-on se consoler que l’indicateur qui examine les inégalités structurelles de notre société et évalue notre capacité à sortir les plus fragiles de la misère ne classe l’Etat malagasy qu’à la dixième plus mauvaise place…. en queue de peloton ?

Doit-on, de la même manière, se consoler, dans ce classement, que 11 pays fassent « plus pire » que notre Grande Ile en termes d’alimentation, d’accès à l’eau potable, d’accès aux systèmes de soin, à l’éducation, ou en termes de lutte contre la prévalence des maladies et des épidémies ?

Alors… Etat Failli ou non ? … Il ne faut pas fuir la réponse. Nous ne pouvons pas nous enfermer dans le déni du niveau de nos problèmes comme le font (et l’ont fait) les tenants du pouvoir. C’est à force de refus de la réalité et à force de nous regarder le nombril à chercher des responsables ailleurs que chez nous-mêmes, que se délitent de manière désastreuse tous nos indicateurs  sociaux…  « Meuuuuh nooon … la situation n’est pas si dramatique…». Tu parles…

Certains nous disent «  l’Etat travaille à la réalisation des Velirano du PRM »… On serait heureux de le croire…. Et de le voir. Mais on a du mal : entre les Colisée et autres CVOs prophétiques et la litanie de nos drames sociaux, comment donner foi à la capacité de vision de ce pouvoir et à la capacité de réalisation de ses engagement ?

Ce déficit de confiance vis-à-vis de l’Etat est d’autant plus tragique que nous, citoyens, ne sommes pas les seuls à le vivre :  les acteurs internationaux, PTF, bailleurs, investisseurs publics et privés n’accordant pas au pays le crédit nécessaire (au-delà de la bienséance diplomatique et des postures géopolitiques), la Grande Ile est l’un des territoires qui bénéficient le moins de l’Aide Officielle au Développement (dons, prêts, investissements) rapportée à l’habitant.

Et la  faiblesse du classement du pays dans le rapport Doing Business ne donnera pas plus de confiance aux investisseurs privés (Classement général : 161 sur 190 économies ; classement régional : 31 sur 48 économies)… Cercle vicieux : on ne prête qu’aux riches… Ou aux gens sérieux capables de convaincre d’une vision, d’un projet, d’un engagement.

Je me suis dit un temps : « Arrête de tirer sur l’ambulance … On sait déjà l’incurie de la plus grande partie des acteurs de ce pouvoir (il en est de sincères) …A-t-on besoin de le répéter encore et encore ?» … Pour autant doit-on se taire et cesser de dénoncer ? Non, assurément. La résignation est la pire ennemie de la démocratie et du développement. C’est notre renoncement qui fait le lit de toutes les dérives.

Enoncer que l’incompétence, la corruption et le cynisme ambiants sont les seules sources de nos malheurs semble nous absoudre, nous, citoyens, de notre propre responsabilité. Il faut nous sortir de nos ego. Nous sommes à l’origine de l’incurie de ces dirigeants. Nous sommes seuls responsables de croire ou de ne pas croire en un projet collectif qui puisse nous rassembler et sur lequel nous pourrions bâtir l’idée de notre NATION… Et de nous y investir.  

Il serait évidemment intéressant d’interpeller les gens de pouvoir sur l’idée même qu’ils se font du mot Nation… parce qu’il n’est pas de Nation sans devoir, sans responsabilité, sans sacrifice … Mais nous devons nous interpeller nous-mêmes, individuellement, de la même manière…

… « Si tu veux changer le monde, change toi, toi-même » dit Gandhi. Si nous voulons changer les choses, il faut nous changer nous-mêmes … Il nous faut commencer à croire en un NOUS INCLUSIF et COLLECTIF pour bâtir de nouveaux discours dont nous avons trop longtemps abandonné la construction… Et ouvrir d’autres possibles.

[1] l’Etat selon 12 critères établis respectivement sur une échelle de 0 à 10 ( où 10 définit le risque extrême),

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