
La capacité de langue de bois et de verbiage diplomatique que l’on subit des observateurs internationaux qu’il s’agisse des chancelleries, des misions européennes ou autres observateurs africains détachés sur l’Ile quant au regard qu’ils ont sur la situation politique de la Grande Ile nous irrite au plus haut point.
Mais… Il serait temps de régler l’ambivalence de nos relations avec la communauté internationale : le lundi, sur des avis déplaisants émis par des observateurs étrangers, on va pousser des cris d’orfraie et hurler à l’ingérence : « On en a assez de la colonisation, du mépris et de la condescendance de l’étranger (et de l’occidental vazaha en particulier)». Et le Mardi on va appeler les casques bleus au secours d’un « vonjeo » étranglé pour espérer mettre fin aux exactions d’un pouvoir qui dérape au-delà de toutes les limites.
Cette ambivalence relève avant tout d’une profonde méconnaissance de ce qui dicte la politique et la diplomatie de nos « partenaires » étrangers… Ou plutôt de ce qui dicte leurs initiatives et réactions… ce qui ne fait en général pas une politique … au sens de convergence des actions pour un but défini.
On a peut-être le reflet d’un vrai complexe de notre part qui est de croire le vazaha extraordinairement intelligent, fabuleusement lucide, extrêmement informé et de fait capable de stratégies long terme et de machiavéliques schémas où il jouerait une partie de billard à bandes pour obtenir le résultat qui servira le mieux ses intérêts.
Croire que le vazaha est plus capable que nous de vision long terme est une simple … vue de l’esprit. Bon, on peut considérer qu’il est capable d’un peu plus de projection moyen terme que nos dirigeants : il faut dire que, en la matière, ce que nous prouvent nos hommes politiques relève de la plus invraisemblable des comédies… plus myopes que ça, obnubilés qu’ils le sont de leurs petits intérêts mesquins, on ne leur demandera pas d’imaginer le moindre lendemain.
Bref. Je disais donc à propos du vazaha :
1) qu’il faut cesser de le croire plus intelligent
2) qu’il faut arrêter de le croire source de tous nos problèmes (il est à la source de certains, oui … et en particulier de la grossière et stupide installation au pouvoir à l’époque de qui on sait … mais nous sommes nous-mêmes la source de nos problèmes si ne nous sommes pas capables de lui résister).
3) qu’il faut arrêter de croire qu’il apportera la solution en intervenant diplomatiquement pour imposer à ce gouvernement de tordus une voie de sortie qui nous convienne.
4) qu’il faut cesser de croire que nous sommes au centre des intérêts du monde : nous n’intéressons personne, à part quelques institutions internationales dont l’enjeu n’est pas de résoudre des problèmes globaux mais de justifier de leur existence (i.e la mission d’observation de la SADC) … et de rétribuer leurs acteurs. Les enjeux géostratégiques ou même géopolitiques auxquels peut répondre Madagascar se sont réduits comme peau de chagrin.
La diplomatie d’un pays répond avant tout à des enjeux de politique interne, enjeux qui tétanisent les décideurs : le « SURTOUT ne pas provoquer de vagues qui puissent remettre en question les fragiles équilibres politiques intérieurs et extérieurs » fait règle.
Par ailleurs il faut, je le répète, cesser de croire le vazaha plus malin, plus informé. Le décideur politique occidental dispose peut-être d’une culture, de visions, de réseaux plus élargis qui lui fourniront l’information la plus étendue.
Pour autant, il filtrera lui aussi cette information à l’aune de ses urgences et à la mesure de sa bande passante. J’ai toujours été éminemment surpris, chaque fois que j’ai pu être confronté en plaidoyer auprès d’un décideur politique, de constater son incapacité à écouter et à entendre ce qui ne relevait pas de son intérêt direct et de l’immédiateté de son temps politique.
Il s’agira peut être, parfois, de servir à la marge quelques intérêts économiques marginaux (i.e un chantier Colas ici, un chantier Bolloré là) … mais ce ne sont pas ces cacahuètes qui vont fonder la diplomatie de la France ou de n’importe quel état dit démocratique.
Au-delà de la défense des enjeux de politique interne qui devrait être fixés au plus haut niveau, il reste que :
1) la diplomatie est aussi déterminée par des conflits et des luttes d’influences entre divers corps de l’Etat : pour la France, le quai d’Orsay, l’Elysée et ses cellules, l’armée et ses services de renseignement, l’AFD. Ces corps ont leurs propres logiques et leur propres réseaux d’influence auprès des acteurs locaux et ils tendent à défendre, par des initiatives centrifuges, leurs intérêts respectifs IMMEDIATS.
2) la diplomatie a horreur du vide. La prise de risque face à l’incertitude est impossible. A un incompétent notoire futur dictateur illuminé avéré, on n’envisagera aucune alternative qui plongerait les diplomates de nouveau dans l’inconnu.
Ce que nous considérons être de la lâcheté diplomatique arrange évidemment l’autre camp. C’est là toute la complexité de la diplomatie, de ses enjeux et la nécessité (illusoire) de trouver des solutions « équilibrées ». Le drame c’est que la réponse équilibrée se résume ici à « pas de réponse ».
Il ne s’agit pas du choix d’un soutien à CEDRIC, Il s’agit d’un NON-CHOIX.
Les décisions et initiatives de la C.I devraient idéalement s’attacher aux droits de l’homme. On rêverait d’une reconnaissance absolue et globalisée de ce qui est bien et de ce qui est mal. De ce qui est légitime de ce qui est illégitime. Ce sont des vérités qui nous paraissent flagrantes. Mais les acteurs extérieurs peuvent-ils /veulent-ils véritablement en juger objectivement. En ce sens, la mobilisation de masse des foules en orange aura rempli son objectif : maquiller un invraisemblable soutien populaire qui masquerait le tripatouillage du vote. « Moi, observateur objectif du processus , j’ai vu au Colisée la ferveur de dizaines de milliers de supporters orange. Pourquoi donc irai-je croire que le résultat est artificiel ? ». Bingo. Circulez, il n’y a rien à voir.
Quant à la mission d’observation de la SADC, insupportable d’hypocrisie dans sa déclaration liminaire, elle ne nous rassurera pas quant à sa capacité de restitution de la vérité. L’observatoire Safidy qui, il faut le dire, est co-financé par l’UE, fait d’ores et déjà état des dérives du processus électoral en cours (utilisation de biens, matériels et agents publics au profit de la campagne de Rajoelina, distribution éhontée de sommes d’argent, opacité des sources de financement …). Si les observateurs de la SADC n’arrivent pas à faire le même constat, on saura à quoi s’en tenir en termes d’impartialité de ces acteurs. Et on jugera aussi de leur courage.
Et si la pusillanimité de la non-décision de ces acteurs nous désespère, il faut véritablement garder à l’esprit que nous devons toujours être les seuls maîtres de notre devenir.
C’est à nous seuls qu’il incombe de produire la voie de sortie de crise.
Patrick Rakotomalala (Lalatiana PitchBoule) – 14 Novembre 2011

Posted on 14 novembre 2023
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