Les chroniques de Ragidro. Révision constitutionnelle, vers un nouveau putsch juridique

Posted on 19 juillet 2025

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Par Patrick Rakotomalala (Lalatiana PitchBoule) – Juillet 2025

C’est un air connu. Trop connu. Ce refrain qui a traversé – et continue de traverser –  l’Afrique post-indépendance depuis quelques décennies. On en connait l’air…  C’est celui de

🎵On change, on change la Constitution,
On masque, on masque nos vraies intentions !
On garde l’trône on vous prend pour des c… !
Un Ptit NON par ici, un gros OUI par là,
Mais au final, c’est nous qu’on restera !
🎵

Idée simple et brutale : prolonger le pouvoir coûte que coûte. On appelle ça des « coups d’État constitutionnels ». Ce pourrait être un oxymore ? C’est malheureusement une déclinaison désormais courante de la partition de ces régimes illibéraux. On aura toujours des malins pour inventer mille façons de prendre (garder) le pouvoir : par les armes, par la rue… ici par des urnes (bourrées ?)… et un stylo.

Madagascar va peut-être s’ajouter à la liste de ces démocraties de façade. Notre Cedric national en place, arrivé au pouvoir par un putsch militaire en 2009, semble avoir des velléités de refondateur juridique … et commence à chuchoter une révision constitutionnelle. Celle-là lui ouvrirait la voie à un troisième mandat officiel.

Officiel, on s’entend bien … Car pour ceux qui ont suivi le feuilleton depuis 2009, il s’agirait bel et bien là d’un quatrième tour de piste. Le premier ne devait être qu’une transition … Pendant laquelle « il ne pouvait pas faire pire que son prédécesseur ». Heureusement qu’il avait pris cette résolution… Où en serait le pays sinon ?

La violence des mots, la violence des actes

Ce genre de « coup d’État constitutionnel » est, il faut le rappeler, un acte de violence absolue … non pas violence brutale… Il ne s’agit pas d’un passage armé… Mais un acte de violence symbolique, plus insidieuse… C’est la violence de celui qui, sous couvert de légalité, confisque la souveraineté du peuple.

On veut manipuler ici, comme un vulgaire règlement intérieur d’entreprise, la Constitution qui doit fonder le contrat social de la Nation. Dans la droite ligne des Sassou Nguesso, on voudra évidemment nous vendre la réforme comme un acte de « modernisation institutionnelle » qui consolidera la marche du pays vers l’Emergence.

On ne s’y trompera pas. On reconnaîtra là l’odeur de ces dirigeants qui s’accrochent désespérément comme des sangsues en envisageant un éternel retour… Qui pourrait, d’ailleurs, permettre de fonder l’installation d’un pouvoir dynastique… On a désormais quelques images qui le laissent supposer…

Le président actuel, mis au pouvoir par un coup de force en 2009, promettait une rupture avec les pratiques autoritaires. Seize ans plus tard, la logique putschiste se recycle : hier logique militaire, aujourd’hui logique juridico-politique. La violence armée directe d’hier laisse place à une violence symbolique que l’on tente d’habiller de légalité.

Le spectre africain des révisions piégées

Quand on se réfère aux initiatives de révisions constitutionnelles en Afrique, on fait le constat que plus de quinze pays ont succombé à cette tentation depuis 2000. Mais … Dans un certain nombre de cas, la manœuvre a fini par se retourner contre ses auteurs : coups militaires au Gabon (2023) et en Guinée (2021), insurrections populaires au Burkina Faso (2014), chaos au Burundi (2015).

Cinq des huit coups d’État militaires en Afrique entre 2015 et 2023 ont ainsi renversé des présidents qui avaient tenté de modifier leur Constitution pour prolonger leur mandat … Et leur pouvoir.

L’histoire enseigne que chaque manipulation constitutionnelle est une étincelle placée au bord d’un baril de poudre : elle alimente la défiance, légitime les oppositions les plus radicales et peut, à terme, réactiver l’armée comme arbitre ultime. Le pouvoir à en place à Madagascar, en voulant rejoindre ce club, joue avec le feu … Pyromane à côté, on l’a dit, d’un baril de poudre …

Les illusions du « coup légal »

Le président malgache espère évidemment maîtriser le risque : l’économie est fragile …La société civile est épuisée… Les grands bailleurs internationaux hésitent à sanctionner un régime qui leur permet de maintenir a minima une stabilité de façade. Mais, si les gens n’ont certainement plus envie de vivre une crise, la mémoire politique du pays demeure.

On se souvient qu’à Madagascar, les bascules ont toujours été brutales : 1972, 1991, 2002, 2009 nous rappellent que l’équilibre malgache est précaire… et que le mécontentement peut se cristalliser… ANR ne devrait pas oublier que la politique gasy est en fait une roulette russe… Chaque tour de mandat supplémentaire est une balle ajoutée dans le barillet… Ses prédécesseurs ne l’avaient probablement pas vu non plus. A moins qu’il ne soit convaincu qu’il sera le dernier à oser et à prendre le pouvoir par la rue et un coup d’Etat… Hubris, quand tu nous tient…

Un coup d’État qui ne dit pas son nom

On peut bien habiller le geste de belles paroles, convoquer des juristes aux ordres ou organiser un référendum à la participation pipautée, la réalité est têtue : changer les règles en cours de jeu pour rester au pouvoir n’est pas une réforme, c’est un coup d’État qui ne dit pas son nom.

La Grande Ile est connue pour ses alternances avortées… Le pays a-t-il besoin d’un nouveau chapitre de confiscation du pouvoir ? À défaut d’y réfléchir, ANR risque de redécouvrir ce que certains sur le continent ont appris : les constitutions qu’on tord finissent souvent par se briser – et avec elles, les régimes qui les manipulent.

L’histoire, parfois, bégaye ; mais elle a aussi une fâcheuse tendance à punir les présidents qui s’entêtent à croire qu’elle ne les concerne pas.

Et puis, n’en a-t-on pas assez de voir resservir les mêmes désespérantes recettes ?

En fait dans la marmite de la démocratie malgache, à force d’ingrédients douteux et de recettes approximatives (je n’ai pas parlé de botulisme) on finit par rater le plat … Et au lieu d’essayer de le rattraper on finit par jeter la cocotte et son contenu ! Sans s’occuper des convives et de leurs ventres creux…

Il est temps de trouver un nouveau VRAI Chef cuisinier qui puisse vraiment réenchanter l’auberge gasy  et son public…

Patrick Rakotomalala (Lalatiana PitchBoule – assisté par IA) – Juillet 2025

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