Les Chroniques de Ragidro : L’impasse absolue… Il doit partir

Posted on 9 octobre 2025

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Par Patrick Rakotomalala (Lalatiana PitchBoule)

Il a cru que le peuple l’aimait
Il a cru que le peuple l’aimait. Parce qu’il lui offrait du riz, de l’huile et des lampes solaires. Parce qu’il pensait qu’un concert ou un t-shirt valaient bulletin de confiance. Parce qu’il confondait assistance et adhésion. Il s’est convaincu  que quelques distributions suffiraient à calmer la faim… Et à éteindre les frustrations … « le malagasy n’est pas pauvre… Il ne mange pas de caviar, mais il est heureux » , disait-il à un média étranger. Il a cru que le peuple était naïf. Il n’a pas compris que, si une petite partie de ce peuple pouvait lui rester acquise par une viscérale fidélité endogène, la plus grande partie attendait son heure.

Acheter la paix, louer la loyauté
Il a cru qu’en payant, il pouvait se sécuriser. Des enveloppes de 500 000 ar pour les forces de l’ordre, des primes pour les cadres, des postes pour les fidèles. Tout s’est acheté, tout s’est négocié. Jusqu’à la loyauté. Mais  quand l’argent se tarira, la loyauté restera-t-elle ?.
Les gradés ont pris, sans croire. Les policiers ont obéi, sans adhérer. La hiérarchie a suivi, par réflexe, et  pas nécessairement par conviction. Aujourd’hui, certains  regardent déjà ailleurs. Ils savent que la protection du pouvoir ne vaut probablement plus grand-chose dans cette atmosphère de fin de règne où il va falloir trouver de quoi survivre face à  l’hostilité publique. …   

La rupture
La rupture est là. Totale. Irrémédiable. Et l’impasse est absolue. Trop de mensonges, trop de promesses recyclées, trop d’arrogance. Les délestages, les scandales, les inaugurations répétées. Les erreurs assumées sans conséquence.
La communication comme seule politique. Les dépenses somptuaires. Le népotisme familial. Les chiffres gonflés, les bilans trafiqués. Le pays ne l’écoute plus. Sa voix ne produit plus d’effet. Son autorité ne repose plus sur rien. Il  parle désormais seul, dans le vide. Impasse absolue.

L’économie hors service
Il prétend redresser les choses, résoudre les dysfonctionnements. Il  émet  la promesse de partir … dans un an …  Si les problèmes de Jirama ne sont pas résolus… Matériellement, les caisses vides, pourra-t-il seulement ébaucher la moindre solution ? Et fonde-t-on un programme sur la seule promesse d’une aléatoire amélioration de la distribution d’électricité ?

L’économie est en panne, Jirama ou pas Jirama. Les jeunes partent, Avec une inflation toujours insupportablement élevée à plus de 8%, un PIB à la croissance insuffisante pour résorber la pauvreté, le taux de celle-ci atteindra 85 à 90 % en 2026( !!!). Les bailleurs sont lassés. Trop d’irrégularités, trop d’interférences politiques. Les financements existent, mais ne sont plus décaissés. Les conditionnalités sont ignorées, les dossiers ralentis.

Le “Plan Émergence Madagascar” n’est plus cité que par ses rédacteurs. Aucun indicateur n’a été tenu. Les infrastructures vitrines n’ont pas créé d’emplois. L’État survit sur les restes des programmes des bailleurs et des taxes à la consommation. Tout est à l’arrêt, sauf la propagande. Sauf son hubris démesuré. Que pourra t il redresser ? Impasse économique absolue.

L’isolement
L’impasse est aussi politique. Le pouvoir est isolé. Les alliances bleues anciennes se défont… Quand elles ne mutent pas en guerres déclarées. Les partenaires extérieurs se tiennent à distance. Les bailleurs attendent la suite faute d‘ interlocuteur crédible. Autour de lui, le vide. Quelques fidèles de circonstance. Les institutions fonctionnent à l’inertie. Plus personne ne prend de décision de fond. Le système tourne sur lui-même. Il n’y a plus d’écoute, plus de respect, plus d’image. L’usure politique est devenue une donnée structurelle… La nomination contrainte de hauts gradés au gouvernement faute d’alternative en est l’image… Impasse politique absolue.

Le constat
Il a cru que le peuple l’aimait. Il a cru que l’argent et la peur suffiraient à le protéger. Il a cru que la communication remplaçait la gestion. Il s’est trompé sur tout. La rupture est définitive.
L’impasse sociétale est absolue. Il n’y a plus de confiance, plus de crédit, plus d’autorité. Le départ est inévitable. Sa forme décidera du reste. S’il s’accroche, le pays basculera dans l’instabilité.
S’il part dans l’ordre, le pays pourra respirer. Mais une chose est acquise : le cycle Rajoelina est terminé. Politiquement, moralement, économiquement. La suite appartient à ceux qui n’ont plus rien à perdre et qui ne veulent plus être trompés.

Le danger de l’acharnement
Le pire serait qu’il s’accroche. Qu’il choisisse la force plutôt que la sortie. Que ces images de blessés ou de barbarie sordide de ces bidasses, se banalisent. Qu’il transforme la peur en méthode de gouvernement. Ce serait la dérive finale : un pouvoir sans contrôle, une répression sans limite. Un État qui ne protège plus, mais qui écrase. Un chef retranché derrière ses milices, coupé du réel, enfermé dans la paranoïa du maintien. La conséquence dépasserait le champ du politique. Ce serait une rupture morale, ontologique, métaphysique … qui viderait le pays de ce qui lui reste de sens, gouverné par la peur et où plus rien ne relierait les citoyens entre eux.
Un président qui règne contre son peuple n’est plus qu’un tyran, et un peuple gouverné par la peur cesse d’être une nation. « Je ne peux pas faire pire que Ravalomanana » pariait il à l’époque… Il a malheureusement largement gagné son défi …

Le départ nécessaire
Il doit donc partir. Le postulat énoncé ne relève plus de l’opinion… C’est un constat d’évidence. Il ne peut plus gouverner. Rester, c’est prolonger la crise. Céder c’est trahir son camp (et ses propres intérêts) … Partir, c’est offrir une (petite) chance de stabilisation.
Mais un départ improvisé serait dangereux. On l’a vécu déjà vécu. L’État malagasy est trop fragile pour encaisser encore une vacance brutale. Les forces de l’ordre sont fragmentées si ce n’est en rivalité ouverte … Les administrations désorganisées. Le Sénat et son stetson n’ont ni autorité ni légitimité pour assurer une transition.
Il faut donc préparer cette sortie. La négocier, l’encadrer, la sécuriser. Non pas pour le protéger, lui, le titulaire du pouvoir, mais bien pour protéger le pays.

Pas de rupture brutale
La population n’acceptera pas un nouveau cycle d’autoritarisme déguisé. Mais le coup d’État n’est pas une solution. On le sait. Il ne produirait qu’encore plus de chaos, de règlements de comptes, de magouilles et de luttes intestine stériles.
Le pays n’a pas besoin d’une chute spectaculaire, il a besoin d’un ATTERRISSAGE CONTRÔLé.
La rue ne veut pas de militaires, elle veut du changement réel. Mais une rupture brutale ouvrirait la porte à l’effondrement institutionnel, à la divisions des forces armées, aux violences sociales, et à la paralysie économique… Et de fait au désespoir collectif. Sans transition encadrée, le pays risque la fragmentation . Seul un départ négocié ou un accord politique imposé clair , soutenu par les instances morales, les jeunes, et la société civile, autour d’un calendrier de départ, d’une délégation progressive du pouvoir et de la garantie de continuité des services publics peut préserver la stabilité.
Une supervision par une instance morale reconnue et acceptée de tous devra mener, avec un nouveau gouvernement, à des élections apaisées.
Ce n’est pas un luxe, c’est une condition de survie nationale.

L’après à construire
Le départ d’Andry Rajoelina ne sera pas une délivrance. Juste une respiration. Une parenthèse où tout peut encore basculer, dans un sens ou dans l’autre. Ce départ ne fera pas disparaître la misère, ni la corruption, ni le désordre. Mais il ouvre un passage étroit, fragile. Une chance de reprendre souffle avant que l’on se noie.

Il s’agit donc d’une solution de transition. Cette transition devra être simple, nette, sans maquillage politique… Pour stabiliser, auditer, préparer des élections auxquelles on puisse enfin croire et qui nous ressemblent. Pour rétablir un minimum de confiance entre l’État et ceux qu’il a trahis.
Les églises, les syndicats, les partis, la société civile, la communauté économique, devront en poser les nécessaires garde-fous. Mais ce sont les jeunes — ceux qui se sont levés — qui donneront la mesure du possible. Eux n’attendront plus.
Quant à l’armée, elle, devra simplement veiller. Les bailleurs, accompagner sans s’imposer. Et nous, surtout, éviter la vengeance… Et reconstruire sans répéter.
Parce que rebâtir un pays, ce n’est pas que tourner la page. C’est refuser d’écrire les suivantes avec la même encre contaminée.

Fin d’un pouvoir, début d’un inventaire.

Patrick Rakotomalala (Lalatiana Pitchboule)- 09/10/25


[i][i] Il doit le faire exprès. Ce n’est pas possible autrement

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