Par Lalatiana Pitchboule
« Haute Autorité de la Transition » libellait-on, définissant dans l’essence même du mot Transition un bail précaire que le TGV s’accordait à lui-même. Emporté par son propre mouvement, ne disposant d’aucune ressource, il ne disposait pas non plus de celle du temps. Demain n’existant pas, seule l’urgence pouvait prévaloir. Mais l’urgence, instituée en mode de fonctionnement, finit par s’annuler elle-même quand elle devient précipitation et quand elle aboutit à des initiatives illisibles… Illisibilité de l’avenir …
Face à un pouvoir en place incapable de produire une quelconque vision de l’avenir, on doit malheureusement constater la même incapacité de l’opposition à offrir une alternative et un projet crédible sur du long terme … Le TGV est maître du temps … Il efface le passé quand l’opposition s’y accroche. Mais l’un comme l’autre, il sont incapables de projeter un quelconque futur, accrochés à un présent que rythme le fatras d’initiatives du TGV, initiatives de prime abord extravagantes mais oh combien efficaces quand il s’agit de monopoliser l’espace politique.
Il est clair que les moyens d’action et d’initiatives sont là à la disposition du pouvoir en place qui se permet de fait tous les effets d’annonces, même si on sait celles-ci sans grande portée si ce n’est populiste et clientéliste… Le pouvoir malheureusement ne se gagne pas – et ici, ne se conserve pas – sur des projets à long terme mais sur des promesses pour demain matin… Ainsi, promettre des stades et des salles de spectacle quand les enjeux sont la résorption de la pauvreté – panem et circenses sans le panem – ne reflète que l’incompétence du TGV à penser le développement du pays et son inaptitude à bâtir les stratégies et les politiques nationales, régionales ou même locales nécessaires à ce développement. Mais l’opposition le peut elle ?
La défense des intérêts particuliers, aspect saillant des pouvoirs et des acteurs des différents bords en place, entretient une seule logique : le court terme. Retrouver des logiques qui permettraient de concevoir sur le long terme exigerait de bannir toutes les logiques clientélistes. C’est une évidence maintes et maintes fois énoncée. Mais on a là une véritable dictature de la facilité : ne pouvant donner satisfaction sur le fond, il s’agit de donner l’illusion qu’on agit et qu’on ne perd pas de temps. Le court – terme est ainsi institutionnalisé de part et d’autre.
Ranjeva est intéressant sur ce plan où il énonce un principe sur le registre « il faut laisser du temps au temps », même s’ils se trompe, à mon humble avis, sur la tactique qui lui permettrait d’être reconnu pour des échéances plus longues. L’idée de le voir remplacer le TGV à la tête de la transition ne suffira pas pour faire rêver les foules.
La démocratie et le développement ont besoin de temps. L’absence de projection vers l’avenir et l’ancrage de l’action politique sur l’immédiateté ne fait le lit que d’un seul régime : celui de la dictature. C’est celle qu’on nous promet désormais si nous ne sommes pas capables de prendre véritablement en compte que « le long terme est urgent ».
Quelqu’un a écrit : «La production du leader devient un des grands problème de la démocratie. Qu’est ce qu’un leader ? C’est l’incarnation du futur dans nos sociétés ». Il est inquiétant que les leaders actuels n’aient que le stade de Mahamasina pour ligne d ‘horizon.



Ndimby A.
10 novembre 2010
Très intéressant cette réflexion sur le temps. Merci Lalatiana.
L’occasion de rappeler qu’un homme d’Etat pense à la prochaine génération, un homme politique à la prochaine élection. Et un putschiste, il pense à quoi ?
Car un putschiste a le malheur de ne jamais savoir pour combien de temps il va rester au pouvoir. Cette question va le pousser lui et ses compères à tout faire à très grande vitesse, y compris les bêtises. Il n’y a sans doute pas pire qu’un crocodile affamé et qui aboutit par hasard au milieu d’un troupeau de vaches à lait.
poiuyt
11 novembre 2010
Un des faits qui donne à penser depuis quelques jours est l’invitation faite par le Vatican à Raymond Ranjeva. Cela montre à quel point la carte RR est valable, et quelles gênes peuvent créer les actions bénies de RR contre le coup d’état apparemment appuyé par le Pape lui-même. RR serait peu ou prou de la même foi que ce ne serait pas étonnant.
Que propose le Vatican contre l’inaction de RR ? de l’argent, la vie éternelle pour RR et sa famille ? Sinon quoi ? l’enfer pour RR ?
Le joel aura amené des luttes autrefois oubliées à Madagascar, et les victimes sont le peuple et la nation malgache. Anglo-saxons contre francophones, catholiques contre les autres, riches contre pauvres, etc, etc.
Que représentent la civilisation et la nation malgaches pour le Pape ? et les morts de tgv ? Il aurait mieux fait de se taire que de tremper dans les querelles familiales généralisées. Pour ces douloureuses pertes d’amis et de parents, A qui doit-on dire merci ?
Ma foi, il y a bcp à dire. Depuis la dernière guerre déjà.
Ikotike
11 novembre 2010
Oui merci pour la réflexion sur le temps Lalatiana.
Savoir » fixer un cap » est un exercice-type au-travers duquel le présupposé leader montre s’il est apte à gouverner, s’il est capable » d’habiter la fonction suprême « .
A mon sens, cela tient pour une bonne part d’idéalisme, de psychologique et de temps, et le tout en tenant compte des versant » individuels et collectifs » des trois termes.
Au-travers d’un discours: établir des repères, produire une synthèse compréhensive qui ancre globalement la communauté nationale dans le temps, évacuer l’incertitude des lendemains par une institutionnalisation formelle et pérenne de l’action politique dans l’intérêt général.
Pour reprendre une rhétorique managériale, le leader doit persuader le peuple (« p ») d’agir dans l’action collective.
La » dimension du charme « : il y a quelques années il y avait une publicité pour un parfum je ne sais plus lequel qui disait: » laissez le charme agir » . Là, on y est, si je puis dire. Et il semble, au regard de la situation actuelle, qu’il ait été manifestement rompu pour le désormais ancien maire de la ville de Antananarivo maintenant ‘ détenteur de facto du pouvoir suprême de Madagascar ‘. Il lui sera dès lors très complexe de » miser sur un pouvoir » de ce type pour faire accepter son action. Sa manière d’arriver au pouvoir en explique aussi beaucoup. Néanmoins ne jugeons, pour le moment biensur, de rien car on sait trop comment commence (et malheureusement où se termine) une dictature.
J’ai bien aimé Pitchboule le terme » dictature de la facilité « . Tu opposes très justement la facilité et le long terme. Instaurer une » politique du ventre » n’est pas l’apanage de tous les apprentis dictateurs… N’est pas Houphouët qui veut !
Un de mes cousins m’avait un jour écrit, » nos seules richesses dans ce bas monde sont le temps et l’espace « . Il semble qu’ elles soient actuellement les seules perspectives des malgaches.
L’enjeu consiste à ce que les populations intériorisent les normes adéquates, cela prend des générations.
La facilité ? c’est la répression. Mais pour quel destin ?
Michel Foucault définit la gouvernementalité par la façon de » disposer des bien et des choses » comme le bon père de famille. Il n’est à point douter que Andry Rajoelina n’incarne pas la figure du » Père rêvé par les malgaches « . Le Benin a montré l’épuisement a long-terme d’une certaine forme de patrimonialisme. Il est triste de constater la fragilité mentale des dirigeants quant à la lucidité nécessaire à avoir pour ne pas entraîner un pays dans une voie dont on sait pertinemment qu’elle se terminera soit par leur décès soit par leur arrestation, soit par leur exil à l’étranger, peut-être à Maurice d’ailleurs.
Face à la difficulté de l’épreuve A-R a choisi la facilité de la force. Il y a manifestement affaiblissement de l’idéal de perspective de progrès national. Un progrès que le leader est censé » porter « . C’est là une dimension magique de la réalité politique, de l’histoire, où la part identificatrice ne serait point une qualité dont le potentiel leader serait dôté, mais la combinaison d’un désir éprouvé par le peuple ajouté à l’apport de l’individu qui dirige la fonction suprême.
A-R a d’ores et déjà anéanti toute possibilité de convaincre les malgaches sur la question qu’il apporterait un progrès pour eux, leur quotidien. Il est vrai qu’il devient difficile d’avoir une vision avec des coups de matraques dans la tronche !
Les comportements intégrés par le régime actuel donnent lieu à plus d’impunité pour arriver à ses fins. Et c’est cet exemple que le jeunes malgaches ont actuellement. Reste à savoir ce qu’ils en feront dans les années à venir.
Dans la mafia, l’objectif consiste à » conquérir des territoires » sans jamais se soucier de la cohérence humaine des implications que cela pose. Seul compte l’appât du gain. Néanmoins si les mafias résistent, les parrains meurent tous un jour ou l’autre, liquidés bien souvent par des proches, mais toujours par ceux qui le haïssent viscéralement (le Peuple en est l’exemple).
Même si je suis d’accord Pitch quand tu opposes facilité et long-terme, je ne suis pas forcément d’accord sur le court-terme de la dictature.
En effet je pense que la dictature est un ancrage objectif dans lequel on est depuis la décolonisation. Et que l’on a dû connaître quelques rares exceptions à certaines périodes, mais que globalement on a eu toujours affaire à des régimes quasi-autoritaires. Peut-être pas avec les mêmes finalités mais tout-de-même.
Et que justement, à ce propos, je pense que l’on a encore quelques années de dictature de-facto devant nous, du fait de notre passif depuis la décolonisation.
Néanmoins je pense que la dictature, sous certains aspects, peut être facteur de progrès. SI SI. A partir du moment où l’on intériorise les normes. Mais c’est pas le cas actuellement où l’on a affaire à un pouvoir factice, dont en réalité il est difficile de définir la véritable source.
Qui dirige vraiment la hat ? Ratsiraoahana ? Rajoelina ? les Commandants Charles et Lylyson? la France? Total ? les Chinois? les Karanas?
Mon prof de philosophie politique, en parlant de l’éparpillement du pouvoir au-delà des frontières, parlait de » méta-pouvoirs ». Qui dénote l’opacité des sphères de décision véritable.
Non, il est logique que le Dj putschiste ne puisse fournir un cap.
Il semble qu’il ne soit pas le véritable maître à bord, il ne dispose pas de l’espace nécessaire. De plus je pense que comme tout bon malagasy il n’ait pas pas la » notion du temps » . Auquel cas il n’auraît pas commis ce Coup-d’Etat et auraît patiemment attendu son heure.
Rivohanitra
13 novembre 2010
Voici venu en effet le temps de « fabriquer » à la hâte une Constitution pour servir le roi de la pagaille dans sa volonté de régner un peu plus longtemps … Que ce dernier soit ou non maître de sa destinée, en tout cas, il profite bien du présent pour anéantir toute forme de démocratie dans notre île . Les effets futurs de ses actes seront comptabilisés dans la propagation de la misère, car de la domination politique par la confusion, y compris au niveau temporel vient l’inefficacité économique et sociale. Oh, le peuple « se meurt », présent? futur?
Ravalomanana avait aussi changé la Constitution pour mieux asseoir sa volonté.
Et nous? qu’est-ce qu’on fait?
Je n’ai pas la notion du temps? Je confonds donc le passé, le présent et l’avenir? Mais est-ce une raison pour qu’on accepte aussi de confondre l’espace public et l’espace privé?
Il y a comme une volonté de nuire ?
iarivo
14 novembre 2010
« La démocratie et le développement ont besoin de temps. L’absence de projection vers l’avenir et l’ancrage de l’action politique sur l’immédiateté ne fait le lit que d’un seul régime : celui de la dictature. C’est celle qu’on nous promet désormais si nous ne sommes pas capables de prendre véritablement en compte que « le long terme est urgent ». »
Il faudrait encore qu’on laisse du temps à ce pouvoir putschiste pour qu’il puisse se fixer des horizons plus stables !
Pourtant c’est bien là de la volonté de l’opposition de faire TOUT ce qui est possible pour lui empêcher d’avoir cet horizon bien délimité.
Nous le constatons parfaitement avec cette volonté d’empêcher à tout prix la réalisation du référendum le 17 novembre.
Si ce dernier se produisait malgré tout (quelqu’en soit le taux de participation ou le socre entre le » ENY » et le « TSIA »), cela risquerait d’être le premier horizon stable, la première ligne, la première étape qui permettrait au régime putschiste de voir plus loin et de se fixer des objectifs de plus en plus réalisable à moyen et à long terme.
Alors il faut faire le maximum pour que chacun de leur lendemain leur soit toujours incertain … même si cela se fera, évidemment, au détriment de la population malagasy, c’est de la faute des putschiste.
Le retour à la légalité vaut bien ce sacrifice !!! Non ?