Je m’étais promis de vous proposer le (volumineux) rapport de l’OIF sur la tenue des élections. Il est assorti ici d’un commentaire de Sahondra Rabenarivo, tel qu’elle seule est capable de nous l’offrir.
Sur le rapport de la OIF, qui est divisé en deux grandes parties : (1) analyse du contexte juridique des élections à Madagascar et (2) analyse de cette question des listes électorales ; j’émets les remarques suivantes :
- A part le fait que ce rapport expose à quel point notre cadre juridique sur les élections est brouillon (avec contradictions internes, clauses non conformes à la Constitution, formulations hors normes…), le rapport soulève la question d’adoption du « Code électoral » (qui en plus d’englober la loi électorale propre, devrait aussi inclure la loi sur la communication, les partis politiques, le financement des élections, portant création de la CENI) par une assemblée non représentative car non élue du peuple. Après tout, selon la Constitution, le « Code électoral » est une loi organique, de deuxième rang après la Constitution. En tous les cas, le rapport confirme que le Code ne devrait être adopté par ordonnance et ratifié par la suite, comme le prévoit la feuille de route.
- La lecture du rapport, ainsi que celui de l’expert des Nations Unies, explique beaucoup les agissements de la CENI autour de la liste électorale, et le contentieux d’aujourd’hui concernant la rémunération des chefs fokontany et les « agents électoraux » (dont les attributions et compétences, càd les critères de sélection sont peu clairs et me laisse dans le doute quand à leur impartialité et aussi leur professionnalisme éventuel. Les chefs fokontany ont apparemment la très lourde responsabilité de confectionner nos listes électorales, mais comme vous le savez peut-être ce sont des bénévoles, quasiment, qui en principe devraient percevoir des indemnités de 20.000 à 40.000 Ar par mois, mais que l’Etat a du mal à payer.
- Je suis surprise par le manque de dissémination des informations contenues dans ces rapports par la presse et les médias… on ne peut plus se demander pourquoi l’opinion publique est si manipulable, il est clair que les médias font fort mal leur devoir de sensibilisation de l’opinion sur ces points tellement importants.
- Je constate à quel point nous, malgaches, ne faisons que réagir aux commentaires ou « suggestions » des autres. Qui oserait ne pas parier qu’ « ils », nos éminents parlementaires et gouvernants de la transition, ne feront que copier coller ces recommandations, sans réflexion ni compréhension ? Qui oserait me dire que nous écrivons nous-mêmes nos lois et pas la francophonie ou la COI ou autres ?
Tout cela étant dit, je suis de ceux et celles qui appellent à la tenue d’élections, les plus crédibles, transparentes et honnêtes que possible, car continuer dans la situation actuelle devient insupportable…. Mais comme beaucoup je constate que la tâche est herculéenne. Je crains fort que, tel que cela se profile, nous nous dirigions vers des élections qui ne seront pas reconnues par la communauté internationale.
Si on a beau croire que nous pouvons en passer, le monde s’est globalisé et nous ne pourrons survivre bien longtemps sans respecter un minima de normes internationales…La reconnaissance est donc indispensable. Mais la transition mène t elle les efforts nécessaires pour l’obtenir ? Apparemment, rien n’est moins sûr ….
En même temps, je conclus à cette lecture
1) qu’attendre la solution parfaite et équilibrée avant la tenue des élections n’est pas réaliste
2) que dans le court terme, chacun pourrait essayer de faire un effort au lieu de se borner sempiternellement à la critique et à la contradiction;
b) que chacun, dans sa spécialité (média, société civile, citoyens lambdas), devrait, d’une part, essayer de limiter les méfaits que le régime de transition envisage pour gagner les élections qu’il organise et, d’autre part, laisser au long terme l’assainissement de la situation.
Plus on attend la solution miracle, plus on risque la bagboisation du régime de transition. Et quelle en sera l’issue au bout de 10 ans ?
Bien qu’on « rejette » cette « communauté internationale », elle seule, me semble t il, peut taper sur les doigts des kleptomanes au pouvoir et redresser notre contexte juridico-légale actuellement complètement détruit.
Bonne lecture à tous. Et pour ceux qui ne prennent pas le temps de lire, no complaining par la suite…
Sahondra Rabenarivo
Rapport de la mission d’évaluation Francophonie à Madagascar (fév. 11) (2)


ratefy
28 avril 2011
il faudrait savoir d »abord éléctions de quoi ou de qui avant de crier « éléctions, élections ! » sur l’air des lampions.
élection legislative, présidentielle , communale?
essayons d’avoir des idéees et des revandications claires.
Lekivy
28 avril 2011
Un nœud Gordien, c’est comme cela que se présente notre problème actuel. On a beau vouloir mobiliser tout un chacun à faire des propositions plutôt que d’énumérer sans cesse les problèmes. C’est bien beau mais qui va écouter et prendre en considération les propositions en question ? Chez nous, le QUI importe bien plus que le QUOI et le COMMENT
Sans parler des intérêts contradictoires des grandes puissances qui se disent « AMIS » de Madagascar, et qui pèsent lourd dans le dénouement de la crise, il y a trop de calculs égoïstes des soi-disant politiciens qui empêchent l’évolution positive de la situation. Parler d’élection libres alors que certains parviennent à organiser un référendum taillé sur mesure, c’est quasiment utopique. Adopter un code électoral à partir de structures non reconnues par des acteurs clés de la vie politique c’est un échec assuré. Je suis entièrement d’accord avec l’analyse très réaliste de Monsieur Jacob Raphaël dans MOOV qui préconise une révision complète de l’approche de médiation, tant par la démarche que par l’identification des acteurs et la finalité même de cette médiation. AUtrement, nous allons continuer à tourner en rond.
Miarana
29 avril 2011
Sahondra,
Vous avez raison quand vous dites dans votre conclusion que « attendre la solution parfaite et équilibrée avant la tenue des élections n’est pas réaliste » et surtout quand vous évoquez le risque de bagboïsation. C’est un danger que personne ne peut écarter, la junte birmane est bien encore là presque 50 ans après son accession au pouvoir, malgré la communauté internationale. Raison de plus pour ne pas lâcher la pression sur ce pouvoir en n’économisant pas les critiques sur les pratiques que tout un chacun constate. Et c’est ne pas, je crois,« se borner sempiternellement à la contradiction » quand il s’agit de circonscrire l’absolutisme de ce régime que la feuille de route de Simao a consacrée. Un point sur lequel je suis entièrement en accord avec vous, c’est de tout faire pour « limiter les méfaits que le régime de transition envisage pour gagner les élections ». Ce rapport peut être un outil si on écarte les présupposés politiques. Les recommandations juridiques sont discutables. Non sur leurs cohérences internes mais sur leurs nécessités. Les acteurs politiques de l’époque avaient pas mal réussi la convention du Panorama, règlement ad hoc d’un litige politique. L’intérêt de ce rapport est surtout d’ordre technique. Ceux qui veulent que les dirigeants de cette transition ne profitent pas d’un boulevard aux prochaines élections qui ne manqueront pas de venir devront dès maintenant lire et tirer des enseignements de ce rapport et d’agir en conséquence.