Par Lalatiana PitchBoule
Les occasions ratées du tgv
De manière idéale, une transition caractériserait en fait une situation pendant laquelle le nouveau pouvoir en place devrait se préoccuper prioritairement de la tenue des axes suivants :
1) (Re)construire des structures sociales et institutionnelles négociées avec tous les acteurs et acceptées telles qu’elles
2) Gérer les réformes économiques et sociales indispensables à la reconnaissance de sa compétence,
3) Assurer la légitimation du pouvoir et de l’Etat et la consolidation démocratique.
Trois ans après le début de la crise, on n’a pas toujours pas vu l’ombre du début du quart du commencement de la moindre velléité de progrès sur l’un ou l’autre de ces axes. Si notre processus d’évolution vers la démocratie doit se fonder sur l’émergence de pré-requis socio-économiques, combien de temps devra t on encore attendre ces progrès ?
Là, le TGV et sa clique ont eu tout faux : les échéances énoncées imprudemment et de manière inconséquente (qui donc a rêvé avoir des élections avant 2014 ?), le train – transformé en tortillard – de réformettes et autres mesurettes (trano mora, vary mora, antani mora etc …), le népotisme mis en place ont sapé toute possibilité de légitimation de leur pouvoir alors qu’ils avaient la chance de faire la preuve de leur capacité à gouverner et à affirmer la légitimité de leur régime. Très Grande Vitesse, ne devait pas signifier pas précipitation inconséquente au risque de ne plus être que Très Grande Vacuité.
Dans le même sens, leur refus de négocier (malgré des renoncements de façade qui n’ont pas su masquer un unilatéralisme effectif) est un non sens dans le principe d’une transition vers une hypothétique démocratie.
Il aurait été nécessaire, pour contrôler le processus de transition et en maîtriser l’incertitude, que les acteurs de la HAT puissent parvenir à orienter cette dynamique sur une trajectoire de long terme. On en est bien loin … Et on les en savait malheureusement incapables, faute d’être dotés des valeurs éthiques et/ou de la compétence indispensables. Mais les suivants, alertés, sauront ils faire mieux ?
C’est adressée à ces futurs dirigeants que demeure une question essentielle pour peu que, comme nous le devrions, nous nous projetions à demain et à après demain. Si les structuralistes affirment que la démocratie doit se fonder sur des pré-requis en termes de développement socioéconomique et sociopolitique, et si, cercle vicieux, notre absence de démocratie nous empêche d’atteindre le niveau de développement ad hoc, certains, séduits par le modèle chinois par exemple, rêveront la voie d’un développement … sans démocratie à travers un pouvoir autoritaire. Est-ce la voie que nous souhaitons ? Dans la négative, la question est alors : sur quelle voie théorique fonder une ligne politique cohérente ? [1]
Le modèle de D. Rustow
L’approche de Dankwart Rustow [2], pour réductrice qu’elle soit parfois, me séduit parce qu’elle offre un modèle alternatif qui nie dans sa dynamique la prééminence des fondamentaux socio-économiques évoqués plus haut. Elle décrit en particulier, comme pré-condition essentielle au passage à la démocratie, la formation d’un sentiment national et d’une identité nationale forts [3], thèse qui me convient tout particulièrement. Et pour cause … Voir le document « La majorité silencieuse, c’est pas nous »)
La deuxième condition/phase est l’existence d’une crise politique prolongée et insoluble qui voit s’ouvrir une fenêtre d’opportunité à la démocratisation quand un constat absolu d’impasse au conflit est établi. Ca, on connaît …
La troisième phase est une phase de « Décision » qui émerge quand les acteurs, constatant l’impasse du conflit après avoir épuisé toutes les solutions, sont contraints de NEGOCIER un compromis et des règles démocratiques. Là, il va falloir faire en sorte que les pseudo élites en question se sentent suffisamment étranglées par un réveil civique et militant avant que le pays n’ait lui-même trépassé.
La dernière phase dite de « Consolidation » s’établit enfin qui voit les règles du jeu démocratiques se faire peu à peu routinières, dans une période de sélection/éducation et reconnaissance réciproque des acteurs et d’apprentissage – acceptation des règles.[4]
Au regard de ce processus théorique, la catastrophique crise actuelle serait donc une opportunité pour le pays. C’est un comble me direz vous. Mais l’histoire n’est elle pas faite de ce genre de « curiosités » ?
… 50 ans de transition ?
Le pouvoir actuel en termes de capacités de nuisance détiendra longtemps, du moins peut on l’espérer, un sinistre record, en se situant en particulier à des années lumière de ce modèle théorique[5]. Mais à l’aune de ce même modèle, « qu’ont donc fait les précédents détenteurs du pouvoi ?r », diront avec raison nos détracteurs et autres griots de la HAT.
En fait, dans la construction de la Nation malagasy, si aucun des gouvernements successifs du demi siècle écoulé n’a su satisfaire pleinement [6] les trois axes de sa responsabilité, si nous vivons depuis 50 ans une situation structurellement instable de (re)construction de nouveaux repères, de nouvelles relations sociales et institutionnelles, de nouvelles règles du jeu communément acceptées, si cette instabilité récurrente prend son origine dans l’incertitude structurelle d’une situation de transition et dans des mutations permanentes des rapports sociaux (à plus forte raison dans un contexe de mondialisation exacerbée), ne devons nous pas considérer et accepter que nous vivons ainsi depuis l’indépendance une période de transition ?
Une nécessité : la responsabilité , le sens du collectif, la fierté nationale …
Accepter l’idée de ces 50 années passés en transition, c’est assumer pleinement que nous vivons une phase de mutation critique longue mais logique dans la composition de notre histoire, phase où l’indétermination est la règle. Mais l’incertitude étant une donnée de base du processus de construction de notre démocratie, de fait, la vigilance, la responsabilité collective, l’engagement de tous s’avèrent indispensables et vitaux.
On fait référence ici à un préalable essentiel : la reconnaissance fière de notre appartenance à une nation malagasy.
Mais c’est là un autre sujet. Je citerai de nouveau « Peut être sommes nous devant l’une de ces occasions de l’Histoire où un peuple voit s’offrir à lui un destin d’autant plus grand que ses épreuves ont été pires. Mais nous ne saurions soutenir nos droits, ni accomplir nos devoirs si nous renoncions à devenir puissants… ».
Bien à vous tous …
Patrick Rakotomalala (Lalatiana PitchBoule)
https://madagoravox.wordpress.com
PS : une pensée à mon ami Didier et à mon amie regrettée Nivo
Références :
- « Les transitions démocratiques : mobilisations collectives et fluidité politique ». Richard Banegas (document accessible en ligne sur : http://conflits.revus.org/index443.html)
- « Transition to democracy : toward a dynamic model ». Dankwart A. Rustow (document accessible en ligne sur : http://polisci.osu.edu/faculty/mcooper/ps744readings/rustow.pdf)
- « Sociologie des crises politiques, La dynamique des mobilisations multisectorielles ». Michel Dobry
Notes :
[1] Mon propos n’est pas ici de prétendre définir LA ligne et LA voie idéales, mais d’illustrer et de débattre de l’intérêt et de la nécessité d’un socle théorique pour la définition de pistes politiques.
[2] Dankwart Rustow, ‘Transitions to Democracy: Towards a Dynamic Model
[3] Le MAP de Ra8 ne posait les enjeux de l’identité et de la fierté nationales qu’en Défi 3 de l’engagement 8 au sein d’un chapitre bâclé en une page, quand le sujet s’avère on le voit aujourd’hui, probablement crucial.
[4] Chez nous, en termes d’acceptation des règles du jeu, quand l’arbitre veut siffler un penalty pour une faute dans la surface de réparation, les joueurs déplacent la ligne d’en-but … Reconnaissance réciproque avez-vous dit ???
[5] « […] En conséquence, le manque de transparence au niveau des reformes et de la gouvernance publique, combiné à la modicité de ressources domestiques pourrait à tout moment conduire à l’effondrement de l’économie malgache. » Dans Eviter les pièges de fragilité en Afrique: des leçons à tirer pour Madagascar. Rapport Banque Mondiale Octobre 2011
[6] Je tiens à reconnaître à Ra8, l’entrepreneur, d’avoir au moins fait preuve d’une certaine compétence en termes de réformes et d’économie. Son action aura malheureusement été moins probante sur le volet de la consolidation et de la négociation démocratiques



solofoniaina
11 janvier 2012
A mon humble avis, c’est dans la manière de pratiquer la gouvernance que tout foire.
Les intellectuels, Madagascar en regorge comme elle en regorge de richesses naturelles. C’est dire vous dire qu’en matière de connaissances théoriques sur la politique, Madagascar dispose de beaucoup de matières grises.
C’est vrai qu’il faut toujours proposer, il en restera toujours quelque chose.
Mais il n’y a pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. Et l’exemple est frappant avec ceux qui sont au pouvoir actuel !
Le problème pour Madagascar, c’est le recouvrement de son identité. Le VRAI PEUPLE MALGACHE, au sens digne du terme, ne sait même plus ce qu’il est. Et je parle de la majorité, celle qu’on trahit à chaque occasion, celle qui ne connaît rien de tout ce qui se décide à l’Assemblée nationale, au Palais présidentiel, celle que l’on chasse dans la rue par ce qu’elle dérange la circulation quand on veut faire un petit étalage pour vendre les produits déversés pas les exportateurs de tous bords. Cette majorité dont on ne se souvient que pour faire venir des gens aux urnes lors des élections et que l’on taxe par tous les moyens pour que les Hauts fonctionnaires et les Hauts Dignitaires (Dignitaires ????) puissent mener une vie dorée quand ils ne détournent pas tous fonds alloués aux diverses aides sociales.
En son temps, Ratsiraka a démontré une chose : le pouvoir lui appartenait rendant tout le système qu’il a imposé, vérouillé, Les affairistes et les opportunistes de tous bords, pour y échapper, faisaient tout pour avoir avec le Président ou avec sa Femme. La Douane faisait partie de sa chasse gardée, à tel point qu’il y avait une réelle confusion entre les Douaniers et La DGIDE mais tous étaient sous ses ordres car son pouvoir était Djouchéen. Zafy Albert avait l’habitude d’aimer les dénigrements en public (Douanes, Feu Ravony etc.. ) sans parler de ses connotations anti Merina !!! et du népotisme à outrance pratiqué par son equipe.
A côté de cela, il ne faut pas oublier les grandes familles, membres du Club 48 – La Haute Bourgeoisie – et les hauts Cadres de l’Etat qui gèrent la succession et le remplacement comme s’il s’agit d’un héritage familial !!! Combien de noms de ces familles n’entend-t-on pas quand il s’agit d’accéder à l’ENAM (Magistrature, Impôts, Douanes, Services des Domaines, Affaires Etrangères, Médecine, Armée, Gendarmerie, Police etc …). Ils ont accès à la haute fonction publique. L’impunité règne en maître alors car ce sont les élites. Des élites qui se regroupent autour des associations sportives, caritatives etc … qui se retrouvent dans ces groupements pour mieux cibler leurs affaires sales.
A côté, ceux qui essayent d’être honnêtes se retrouvent PAUVRES, sans prestige car n’ont pas les moyens de s’acheter de belles voitures et de construire de belles villas haut standing. Ils n’ont pas les moyens de se payer des études chères pour leurs enfants. Cette situation se contamine dans la société en générale pour l’ensemble de la papulation car il faut montrer un signe extérieur pour se différencier des autres. Malhuers aux pauvres et aux vaincus ! Ce qui fait qu’un sentiment d’amertume couve au fond de chaque citoyen, un sentiment d’envie, de désir immodéré de puissance d’où toutes les dérives, le délabrement de l’ordre social : corruption, crimes, kidnapping, vols, vandalisme pour les couches inférieurs et Bakchichs, trafics mafieux en tous genres dans la Haute sphère.
La pratique de l’etat ne sert plus qu’à veiller à ces monopoles illégitimes.
Mais tout cela, dans l’intérêt de qui ? En toute impunité, sans limitation de la liberté comme si Il a pactisé avec le diable de la politique malsaine.
Les défaillances sont partout car les pouvoirs occultes sont illimités dans chaque hiérarchie de tous les services administratifs où règnent malversations, absentéismes, détournements en tous genres.
La corruption est partout, dans toutes les classes, dans toutes les couches.
Si vous n’avez pas des millions, allez mourir dans les hôpitaux publics car vous n’avez pas les moyens d’accéder à aux conforts et aux luxes des cliniques médicales.
Bref, tellement tout ce qui s’est passé à Madagascar, nous a rendu des consommateurs à la mode française. On veut vivre à la Française : Grande surface, voiture de luxe, études des enfants dans les écoles les plus huppées.
Mais enfin bref, en France ou dans les pays occidentaux, ils ont de quoi pour transformer les produits naturels en produits consommables. Chez nous malgaches, tout roule en ariary.
pitchboule
16 janvier 2012
Hello Solofo,
Je me promets depuis 15 jours de répondre longuement à vos interventions … 🙂
Ne m’en voulez pas de ne pas l’avoir fait jusque là. J’y arriverai, promis …:-)
A Bientôt
Rrabetafika
11 janvier 2012
Pitch, tu fais bien de souligner l’impérative nécessité pour chacun de nous de reconnaître et d’accepter l’idée que nous appartenons à UNE et SEULE nation malagasy. Car la redoutable question qui pourrait se poser, à l’allure où vont les choses, c’est de se demander si les Malgaches veulent et peuvent encore vivre ensemble, sans y insérer, naturellement, la moindre démarche et connotation tribaliste.
Citoyenne malgache
11 janvier 2012
Hou, c’est long ! J’ai le droit de faire court ? :p
50 ans de transition, et je dirais même plus… Comment espérer bâtir une société démocratique si les 3/4 des acteurs ne savent pas et ne jouent pas leur rôle ? On aura beau améliorer les lois, les structures, les institutions etc, les méchants de l’histoire trouveront toujours les moyens de les faire tourner en leur faveur.
On veut la démocratie, mais on n’a pas appris à le faire.
Et des bises de nouvelle année à toi 🙂
Dos-P
23 mars 2012
le 50 ans de transition, c’est logique parce qu’il n’y a pas de structure politique claire. Tt le monde fait ce qu’il veut de plus les politiciens perdent leur « FITIAVAN-TANINDRAZANA »