
Par Patrick Rakotomalala (Lalatiana PitchBoule) – 24 Aout 2026
Il fallait peut-être un neurologue pour ausculter un pays qui perd la mémoire à chaque crise. Avec *Madagascar : nouvelles vérités et nouveaux défis. Lettre ouverte à ceux qui envisagent de gouverner notre pays*, le Professeur Djacoba Alain Tehindrazanarivelo livre le deuxième volet d’une trilogie entamée il y a plus de vingt ans — et un texte qui arrive à point nommé dans le débat sur la refondation.
Un auteur au carrefour du soin, de l’État et de la diplomatie
Né en 1960, professeur de neurologie à l’Université d’Antananarivo depuis 1997, auteur de plus de deux cents publications scientifiques, Djacoba Alain Tehindrazanarivelo n’est pas seulement un homme de laboratoire et d’amphithéâtre. Conseiller spécial du gouverneur de la province autonome de Mahajanga, Vice-Premier ministre chargé de la Santé publique, ambassadeur auprès de l’Éthiopie et représentant permanent auprès de l’Union africaine à Addis-Abeba, il est aujourd’hui l’un des consultants du FFKM pour l’accompagnement du dialogue national. Ce triple ancrage — scientifique, gouvernemental, diplomatique — donne au livre sa tonalité singulière : celle d’un praticien qui a vu l’État de l’intérieur et qui en dresse le bilan clinique, sans anesthésie mais sans acharnement.
De 2004 à aujourd’hui : ce qui ne pouvait pas encore se dire
En 2004 paraissait « Madagascar, vérités et défis : quelles vérités sur nos échecs ? quels défis pour notre futur ? ». Alain le reconnaît d’emblée : le contexte de l’époque, les pressions, l’exil imposaient leurs prudences et leurs autocensures. Certaines réalités devaient rester entre les lignes ; certains co-auteurs, dans l’anonymat. La présente édition répare cette double lacune : elle nomme, quand leur accord le permet, ceux qui avaient contribué dans la discrétion — un acte de vérité autant que de mémoire — et elle affronte ce qui était resté dans l’ombre. Surtout, elle ajoute ce que l’ouvrage de 2004 ne pouvait offrir : vingt années de recul, désormais passées au crible des chiffres.
Une méthode : les chiffres avant les récits
L’organisation du livre traduit un choix méthodologique assumé. Avant les récits historiques et les propositions, un chapitre liminaire dresse le bilan économique 2005-2024 : une population passée de moins de vingt à près de trente-deux millions d’habitants, une croissance qui ne change pas la vie des pauvres, une électricité qui résume le retard national, une corruption analysée non comme faute morale mais comme « taxe cachée » — régressive, puisqu’elle frappe d’abord ceux qui ne peuvent ni la payer ni la contourner. La formule qui fonde le livre est là : les chiffres ne disent pas tout, mais ils empêchent les mensonges de durer. L’ensemble s’appuie sur une bibliographie commentée de quatorze sections, rareté bienvenue dans l’essai politique malgache.
Cinq chapitres, six vérités, six défis
Le corps de l’ouvrage déroule cinq chapitres : la « génération trahie » et cette leçon que la rue fait l’histoire mais que « la rue n’est pas un programme » ; le témoignage de première main sur la province autonome de Mahajanga, où l’espoir d’une gouvernance de proximité s’est brisé sur le mur de la centralisation ; la « nouvelle équation malgache », triangle vertueux jeunesse–société civile–diaspora ; les propositions pour « gouverner autrement », avec la dignité pour boussole et la preuve pour méthode ; enfin le pari du numérique contre la corruption, éclairé par l’exemple botswanais. Six vérités et six défis synthétisent le tout, avant une postface inattendue : la parole libre et anonyme d’un collectif de la jeunesse malagasy.
Les qualités d’un livre qui refuse le sauveur
La force du texte tient à un triple déplacement : transformer l’indignation en institutions, la souffrance en politiques publiques, l’espérance en résultats mesurables. Contre l’attente messianique de l’homme providentiel (ce en quoi nous nous rejoignons encore une fois), Alain propose l’austérité féconde des procédures, des tableaux de bord et des comptes rendus. On pourra discuter tel optimisme numérique ou telle relecture de l’ère Ratsiraka, à qui l’ouvrage est dédié — c’est le propre d’une lettre ouverte que d’ouvrir le débat. Transparence oblige : le chroniqueur (humm !) a commis l’un des avant-propos ; on voudra donc bien ne pas le croire sur parole, et vérifier sur pièces.
Conclusion
On me pardonnera d’écrire ces lignes en terrain conquis : signataire de l’un des avant-propos, je partage avec l’auteur une conviction ancienne : que Madagascar ne se relèvera ni par un sauveur ni par la seule ferveur de la rue, mais par des institutions patientes… que la jeunesse, la société civile et la diaspora forment le triangle où se joue la refondation … et que gouverner se prouve, ne se proclame pas. Cette chronique n’est donc pas un regard neutre : c’est un compagnonnage. Mais un compagnonnage exigeant, qui n’exonère ni l’auteur ni le lecteur de l’esprit critique.
À ceux qui envisagent de gouverner, ce livre n’offre ni programme clé en main… ni absolution. Il offre mieux : un miroir chiffré, une mémoire réhabilitée et une exigence — celle de gouverner par la preuve, non par l’annonce. Dans son post-scriptum, Alain Tehindrazanarivelo retourne d’ailleurs la charge : le « prochain dirigeant », c’est chacun de nous, à son niveau. On sort de cette lecture moins tenté de chercher un sauveur … On est davantage sommé de se demander ce que l’on gouverne véritablement déjà : sa propre parole ? Son propre vote ? Son métier ?… C’est peut-être la nouvelle vérité la plus dérangeante du livre.
Patrick Rakotomalala (Lalatiana PitchBoule) – 24 aout 2026
Lien de commande de l’ouvrage au format epub : https://livres.bookelis.com/politique/79836-Madagascar-nouvelles-verites-et-nouveaux-defis-.html#/65-type_livre-epub
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